‹ Traité de philosophieChapitre 308 sur 921 · A. — ENTENDEMENT ET IMAGINATION REPRODUCTRICE · texte numérisé non relu

A. — ENTENDEMENT ET IMAGINATION REPRODUCTRICE

L — 'V entendement est la faculté d'élaboration ; il s'élève au général — . la raison, c'est la faculté du nécessaire, de l'absolu, de l'universel ; — ■ V imagination reproductrice est le pouvoir de se représenter en leur absence les objets sensibles déjà perçus. Elle ne saisit que le particulier, le contingent, ce qui n'a pas de valeur scientifique, puisqu'il n'y a pas de science du particuher. « Imaginer le triangle, dit Bossuet, c'est s'en représenter un d'une mesure déterminée et avec une certaine grandeur de ses angles et de ses côtés ; au lieu que l'entendre, c'est en connaître la nature et savoir en général que c'est une figure à trois côtés, sans déterminer aucune grandeur ni proportion particulière (^). »

II. — L'entendement produit l'idée générale qui est le résultat de V activité intellectuelle (Cf. Attention, comparaison, abstraction, généralisation). L'image est le fruit de l'imagination ; elle est surtout passive^ car elle est un résidu de la sensation. C'est vrai même de Vimage composite, qui résulte de la fusion spontanée d'images sensibles.

III. — L'entendement dépasse l'imagination : il est beaucoup de choses que l'on comprend et pourtant que l'on ne peut imaginer {^). Aussi : a) L'image est-elle limitée dans son extension : l'image colorée (vg. de tel objet rouge) est impuissante à représenter toutes les couleurs. Au contraire, l'idée générale, vg. de couleur peut les représenter toutes.

(M De la connaissance..., Ch. I, § 9.

C) A. Fahges, Le cerveau, l'âme et les facultés, II""» Partie, § 4.

— b) 'L'obscurité de l'image augmente avec V accroissement de la compréhension ; l'idée reste claire^ quelle que soit la compréhension : vg. l'image visuelle d'un myriagone ne se distingue pas de celle d'un kiliogone. L'idée d'un myriagone est aussi intelligible que celle d'un triangle.

Il ne faut pas cependant exagérer la distinction de ces deux fonctions, car : 1° L'imagination fournit à l'entendement la matière de ses élaborations : les images. 2° L'idée, pour s'exprimer soit au dehors par le langage extérieur, soit dans la conscience par le langage intérieur, a besoin de l'image soit visuelle, soit tactile, soit sonore, c'est-à-dire du mot. Cette image s'appelle schème. Que cette image soit indispensable, c'est ce que l'expérience nous montre. Toutes les fois que nous pensons, même les choses les plus abstraites, notre pensée est accompagnée d'une image. Ainsi, pour me représenter le triangle, en même temps que les notions géométriques qui constituent la définition de cette figure, j'ai l'image visuelle d'un petit triangle ; du moins, j'ai l'image sonore du mot triangle. Aussi Aristote disait avec raison : « Rien n'est pensé sans image {^). » Mais ce qui prouve bien la distinction de l'idée et de l'image, c'est que la même idée peut être représentée par n'importe quelle image. C'est ce que montre la diversité des langues. L'idée, vg. de chien peut s'exprimer par xuwv, canis, chien, do g, hund, cane, etc.

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