B. — ENTENDEMENT ET IMAGINATION CRÉATRICE
L'imagination créatrice est la faculté de concevoir l'idéal et de le réaliser :
a) son objet, c'est V idéal.
b) » but, c'est de créer Vart.
c) )■> œuvre, c'est quelque chose de concret, de particulier : vg. un tableau, une statue, un poème.
L'entendement cherche à comprendre l'essence des choses :
a) son objet, c'est le vrai, le réel.
b) » but, c'est de créer la science.
c) » œuvre, c'est quelque chose à'abstrait, de général : vg. une loi, une série de déductions.
Cependant, il n'y a pas une opposition absolue entre ces deux facultés, car : 1» L'entendement intervient dans l'imagination : le savant et l'artiste n'acceptent pas toutes les combinaisons présentées par l'imagination ; elles doivent être contrôlées par la raison scientifique ou esthé-
(') NoeTv oux IffTtv av£U -javraffaaTOç (De Memoria, C. I. Cf. De Anima, L. III, C. 5, 7, 8). De là l'axiome scolastique : Intellectus nihil intelligit nisi convertendo se ad phantasmata.
tique. — 20 L'imagination est un auxiliaire précieux pour l'entendement ; c'est elle qui suggère les hypothèses au savant et les idées neuves à l'artiste (124).
Conclusion : ces deux facultés sont donc faites pour s'unir malgré leur antagonisme apparent. Sans doute, comme le dit Spinoza, <( moins l'esprit comprend, tout en percevant beaucoup, plus grande est la faculté qu'il a de feindre ; et plus il comprend, plus cette faculté diminue » (1). C'est parce que l'imagination et l'entendement sont l'emploi d'une même force, de l'activité intellectuelle, que l'une s'accroît souvent aux dépens de l'autre. Mais là où cette force surabonde, comme chez les hommes de génie, la plus vive imagination s'alhe à la plus ferme raison, car le génie, scientifique ou artistique, n'est que l'union puissante et harmonieuse de ces deux facultés. « Il est clair que pour faire un habile homme, dit Bossuet, il faut de l'un et de l'autre. Mais, dans ce tempérament, il faut que l'intelhgence et le raisonnement prévalent C^), »
Remarque : 1° L-'idée, c'est la représentation de la nature des êtres, soit immatériels, soit matériels ; elle exprime ce qu'il y a de commun de permanent dans une classe de choses, par conséquent le type, l'essence de ces choses ; type et essence, qui sont dégagés de toute condition sensible, individuelle, passagère : vg. l'idée de triangle. — 2» L'image c'est la représentation déterminée d'une chose sensible, individuelle et concrète : vg. image de ce triangle :
Bossuet, Logique, L. II, ch. xxviii-xxxiv. CoNDiLLAC, Logique, ch. v.
Descartes, Méditations, VI^.
DuGALD Stewart, Éléments de la philosophie de Vesprit humain, P. I, ch. IV.
(M De la réforme de V entendement, trad. de Saisset, T. III, p. 319, Paris, 1872. (') De la connaissance, etc., Ch. I, § 11.
Fouillée, La philosophie de Platon, T. I,
Leibniz, Nouveaux essais sur Ventendemeni humain., L. IL
Pi AT, L'Intellect actif. L'idée.
Peillaube, Théorie des concepts.
QuEYRAT, L abstraction.
Reid, Essais sur les facultés intellectuelles de V homme, V®.
RiBOT (Th.), Dévolution des idées générales.
Stuart Mill, Système de logique déductive et inductive, L. I, ch. vu.
Taine, Les philosophes français du XIX^ siècle, ch. vu.