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NATURE DU JUGEMENT

à une seule qualité dans un objet, c'est aussi juger que cette qualité est distincte des autres et de l'objet lui-même (133) ; — généraliser, ce n'est pas seulement abstraire l'ensemble des qualités communes à plusieurs objets, c'est avant tout juger que cet ensemble convient à ces. objets et à une infinité d'autres semblables ('-) » (136) ; — raisonner, c'est apercevoir un rapport entre deux jugements et un troisième jugement.

B. — L'analyse de la science le prouve aussi : la science est le terme final des opérations intellectuelles ; elle a pour but de déterminer les rapports et de s'élever à des lois en généralisant ces rapports ; or c'est l'intelligence, ou faculté de juger, qui aperçoit et affirme ces rapports ; elle est donc la condition de la prévision, de la preuve et de l'explication des lois scientifiques (^).

II. — Erreurs sur la nature du jugement : les philosophes de l'École empirique et associationniste Font à tort confondu avec :

A. — Les sensations. En effet : 1° L'aperception des rapports est un acte qui vient à la suite des sensations ou des images, mais qui ne se confond nullement avec elles : vg. autre chose est la représentation de deux triangles, autre chose l'aperception de leur égalité ou inégalité. Aussi : a) Les mêmes choses étant présentes à leurs sens, tous les spectateurs n'y découvrent pas les mêmes rapports : là où le vulgaire ne voit qu'une simple coïncidence, le savant aperçoit un rapport de causahté. — b) L'animal a comme nous des sensations ; cependant il est incapable d'en apercevoir les rapports.

2° La sensation est un état de conscience essentiellement subjectif, relatif à l'être qui l'éprouve ; — le jugement a, quand il est vrai, une valeur objective, absolue.

30 La sensation est toujours particulière ; — le jugement réfléchi implique la faculté généralisatrice de l'esprit ; avant de dire : cet homme est savant, il faut comparer l'idée de cet homme avec l'idée générale de science.

B. — L'association des idées : l'association suppose, comme le jugement, la simultanéité ou la succession d'au moins deux idées dans l'esprit. Mais cette simultanéité ou cette succession constitue entre ces idées une simple juxtaposition. L'esprit passe de l'une à l'autre, mais il ne pense pas le rapport qui les unit. Le jugement, au contraire, rapproche,

(M BoiRAC, Psychologie, Ch. ix, § iv, 1.

(•) C'est précisément parce que le jugement est l'acte essentiel de l'intelligence, la caractéristique de l'homme, que l'on s'explique la préférence donnée au jugement et l'estime moindre accordée à la mémoire. Ce qui a fait dire à La RocHEFoncAULD : « Tout le monde se plaint de sa mémoire et personne de son jugement. » Avouer qu'on manque de jugement, c'est se faire déclioir du rang de l'humanité. De plus, pour savoir qu'on manque de jugement, il faut en avoir, tandis que les défaillances de la mémoire se constatent d'elles-mêmes.

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