JUGEMENT ET CROYANCE : DESCARTES
ligence à la vérité qu'on nomme assentiment, avec l'acquiescement de la volonté qu'on appelle consentement. On peut être convaincu, adhérer à la vérité par l'intelligence, sans être persuadé, sans y adhérer par la volonté.
II. — La volonté jait être les idées, les réalise ; la croyance ou jugement les voit être, les constate ; il faut donc rapporter le jugement à la faculté de vision, de connaissance, à l'intelhgence.
III. — La volonté est libre; or beaucoup de nos jugements sont nécessaires et fatals : vg. je suis ; le triangle a trois côtés. Chaque fois que l'évidence d'une vérité nous frappe, elle entraine l'assentiment de notre esprit. Il est même des jugements que nous prononçons, malgré les révoltes de la volonté : vg. quand le devoir à remplir nous répugne, l'intelligence dit quand même : il faut faire ceci, éviter cela.
IV. — Les conséquences de la doctrine cartésienne la condamnent : si les jugements sont des actes de la volonté libre, il s'ensuit que nous en sommes responsables et que toutes nos erreurs nous sont imputables comme des fautes. Mais c'est inadmissible ; car, s'il y a des erreurs coupables, il en est qui ne le sont pas : c'est le cas des erreurs qui ont pour cause une ignorance invincible.
Rôle indirect de la volonté : le jugement n'est donc pas un acte de la volonté ; celle-ci cependant exerce une grande influence sur le jugement. Sans doute, quand il s'agit de jugements en matière d'évidence immédiate : vg. 2 + 2 = 4 ; le tout est plus grand que la partie, le rôle de la volonté est nul : que je le veuille ou non, ces vérités s'imposent à mon esprit.
Mais dans les vérités d'évidence médiate ou dans les solutions simplement probables, la volonté a un rôle indirect. Pour bien juger il faut s'appliquer à l'objet du jugement. Or la volonté, étant maîtresse de V attention, peut nous aider à bien juger en concentrant nos forces sur le point en question ou nous induire à mal juger, soit en détournant l'intelligence de l'objet à examiner sur un autre, soit en poussant l'intelligence à ne considérer dans le même objet qu'un seul côté, selon que l'intérêt ou la passion le conseille. C'est surtout vrai dans l'ordre des vérités morales à cause de leurs conséquences pratiques : là principalement une volonté droite est une condition requise pour bien juger {}).
On voit donc que beaucoup de jugements erronés ont leur origine dans les défaillances de la volonté. Aussi Descartes signale-t-il avec raison, comme deux causes d'erreurs, la précipitation qui nous fait juger à la hâte, sans réflexion, et la prévention qui vient des préjugés ou des passions. Or c'est à la volonté d'écarter ces causes d'erreurs en commandant l'attention et en combattant les passions (59).
(M L. Ollé-Laprune, La certitude morale, Ch. ii, m.