SENS COMMUN ET BON SENS
I, — Sens commun : c Tout le monde entend par sens commun, dit JouFFRoy (1), un certain nombre de principes ou notions évidentes par elles-mêmes, où les hommes puisent les motifs de leurs jugements et les règles de leur conduite. » C'est la définition o6/ec/iVe. Mais, ordinairement, ce nom s'applique moins aux notions et aux principes premiers qu'à la faculté de les connaître. Dans ce sens subjectif, on définit le sens commun : la raison spontanée, c'est-à-dire la raison en tant qu'elle connaît l'ensemble des vérités admises par tous : vg. vérités et notions premières. Il faut faire grand cas du sens commun, quand il s'appUque à des vérités d'un ordre simple et pratique ou qui intéressent l'humanité entière : vg. l'existence des corps, l'existence de l'âme, l'existence de Dieu (Cf. Logique, L. III, Ch. m, 129).
Mais, comme les perceptions du sens commun sont spontanées et confuses, il appartient à la science et à la philosophie de les contrôler et de les compléter par la réflexion. La philosophie recherche le pourquoi et le comment des choses : c'est la raison réfléchie. On peut donc dire que la philosophie est au sens commun ce que regarder est à voir.
II. — Bon sens : le sens commun est, d'après le mot lui-même, une quahté commune à tous les hommes, égale chez tous ; aussi reste-t-il à peu près invariable. Le bon sens, au contraire, c'est une qualité indivi-
(•) Mélanges philosophiques : Du Sens commun et de la Philosophie.