‹ Traité de philosophieChapitre 362 sur 921 · ÉVOLUTIONNISME ET HÉRÉDITARISME DE SPENCER · texte numérisé non relu

ÉVOLUTIONNISME ET HÉRÉDITARISME DE SPENCER

I. — Exposé : Herbert Spencer (^), frappé des défauts de l'associationnisme, le repousse en disant : « Si, à la naissance, il n'existait cpi'une réceptivité passive d'impressions, pourquoi un cheval ne pourrait-il pas recevoir la même éducation qu'un homme ? » L'esprit n'est pas une table rase ; les empiristes purs ont donc tort ; il n'est pas non plus le produit de Vexpérience individuelle soumise à la loi d'association des idées ; les associationnistes se trompent aussi. L'expérience n'est instructive que si l'esprit possède « une faculté d'organiser les expériences », antérieure à l'expérience même. Par suite, d'après Spencer, les principes rationnels sont aujourdliui innés dans l'individu ; rien d'étonnant dès lors que l'enfant atteste leur présence en lui. En ce sens le rationalisme a raison. Pourtant, en dernière analyse, l'empirisme reste vrai : innés dans l'individu actuel, les principes sont acquis par Vespèce. A l'origine de l'espèce, l'esprit est table rase ; les principes ne sont que des associations progressivement formées dans l'esprit de nos ancêtres par les impressions constamment et universellement répétées des choses extérieures. Cette masse d'impressions, en se répétant, a peu à peu « adapté » le cerveau à l'ordre réel des choses et établi dans l'intelligence des dispositions mentales de plus en plus profondes. Ces dispositions nous ont été transmises par hérédité, comme un capital intellectuel sans cesse accru et consolidé. Les principes, quoique actuellement innés dans l'individu, sont dus à Vexpérience des races animales, dont notre espèce représente l'évolution dernière. Ils sont : a) universels, puisqu'ils sont le résultat d'une infinité d'expériences faites universellement par tous les êtres qui nou« ont précédés ; — b) nécessaires : ne les ayant point faits, nous ne pouvons les défaire ; ils s'imposent à l'esprit comme un instinct dont l'homme ne peut pas plus se dépouiller que de son organisme.

IL — Critique : A. — Cette théorie repose sur une hypothèse invérifiable : il n'y a aucun document sur cette histoire de l'intelligence, antérieure à l'humanité. — D'ailleurs si -la transmission héréditaire des facultés organiques est acceptable dans une certaine mesure, elle est inadmissible pour les facultés de l'âme qui sont l'âme même et sont créées avec elle. Les facultés sensitives de l'âme, étant conditionnées par

(') Principes de Psychologie, T. I, p. 504 : <■ S'en tenir à l'assertion inacceptable qu'antérieurement à l'expérience l'esprit n'est qu'une table rase, ce n'est pas voir le fond même de la question, à savoir : d'où vient la faculté d'organiser les expériences ? »

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