ÉVOLUTIONNISME ET HÉRÉDITARISME DE SPENCER
l'organisme dans leur exercice, peuvent être soumises à l'influence de l'hérédité.
B. — Elle recule la difficulté sans la résoudre, car elle ne diffère de la théorie associationniste que par l'intervention du temps. Si, comme le concède Spencer, l'expérience d'un seul homme ne peut expliquer la nécessité et l'universalité des principes, l'expérience prolongée de l'humanité ne le pourra davantage. On aura beau accumuler siècle sur siècle, le temps est impuissant à rien créer par lui-même ; il n'apportera jamais que des expériences à organiser et non la « faculté de les organiser ».
C. — L'évolutionnisme est, au fond, contradictoire : Spencer admet que les principes, qui nous sont nécessaires pour organiser l'expérience, ne peuvent nous venir de l'expérience. Mais ce qui nous est impossible, comment était-il possible à nos ancêtres ? A l'origine, Yespèce était précisément table rase, comme l'est l'individu actuel dans l'hypothèse de Locke et de CoNDiLLAC. Comment les principes ont-ils pu sortir de l'expérience primitive, s'ils n'en peuvent présentement sortir ? L'expérience était-elle donc pour nos ancêtres essentiellement différente de la nôtre ? Ce qui nous empêcherait aujourd'hui d'acquérir les principes, s'ils nous faisaient défaut, a dû par conséquent les empêcher autrefois de les acquérir.
D'ailleurs, pourquoi les autres espèces animales, aussi anciennes que l'espèce humaine, n'ont-elles pas acquis les principes ? Leur expérience n'est-elle pas aussi longue que la nôtre ?
A cette troisième critique on a essayé de répondre en disant : Spencer suppose une nature extérieure réglée par certaines lois, qui viennent, par l'expérience, se refléter fidèlement dans la pensée, de sorte que les lois des choses ont fini par devenir les lois de l'esprit même. C'est la nature qui a façonné le cerveau et conséquemment l'esprit de l'homme à son image. La nature et la pensée humaine nous apparaissent maintenant comme deux mécanismes parfaitement harmonisés ; mais l'adaptation du cerveau humain et, par suite, de la pensée à la nature, est l'ouvrage des siècles.
Réponse : a) Si l'on suppose une expérience si bien réglée, comment les principes ont -ils été si lents à apparaître dans l'intelhgence humaine ? — b) Pourquoi n'en voit-on pas trace dans la bête, pour qui la nature est aussi bien réglée que pour l'homme ? — c) Spencer n'a pas le droit de faire appel à une nature réglée en elle-même, car, du point de vue de Vexpérience, le seul possible à ce philosophe, le monde n'est qu'un entassement de faits sans rapport ni liaison.
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