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RÉFUTATION GÉNÉRALE DE L'EMPIRISME

Quelle que soit la forme qu'il revête, qu'il parte de la sensation seule avec CoNDiLLAC, ou de la sensation et de la réflexion avec Locke, qu'il ajoute à l'expérience individuelle V association avec Mill ou qu'enfin, avec Spencer, il invoque l'expérience collective et héréditaire, l'empirisme ne peut résister à deux objections fondamentales :

I. — De quelque façon que l'on considère l'expérience, on n'en saurait faire dériver les principes, car toute connaissance expérimentale est particulière et contingente, tandis que les principes sont universels et nécessaires. En effet, l'expérience, quelle qu'en soit l'étendue ou la forme, ne nous fait connaître les objets qu'en nombre limité : elle nous montre ce qu'ils sont, mais ne peut nous démontrer qu'ils doivent être nécessairement ainsi. Donc, si les principes résultent de l'expérience, ils seront particuliers et contingents comme elle. Et cependant la conscience nous assure que nous les pensons comme universels et nécessaires, et la science exige qu'ils soient universels et nécessaires, car leur universalité et leur nécessité objectives garantissent la valeur de ses conclusions. .

II. — Les principes ne peuvent résulter de l'expérience, parce qu'ils la conditionnent : ce sont eux qui la rendent intelligible. En effet l'expérience pure n'est qu'un entassement de faits ; c'est une simple succession de sensations et d'images, sans signification et sans valeur ; elle n'a un sens que par la pensée qui l'interprète et l'organise. On ne saurait donc faire de la raison et des principes qui la constituent le produit de cette organisation, puisque c'est la raison et ses principes qui en sont la condition : « L'expérience, dit Claude Bernard, est le privilège de la raison, » Si l'on veut voir ce qu'est l'expérience brute, réduite à elle-même, il suffit de considérer les animaux. Ils ont des sensations comme nous, des sens plus subtils que les nôtres ; pourquoi donc ne les voit-on pas construire la science ? C'est que la sensation tire sa valeur significative de l'intelligence qui l'interprète. Expliquer la raison par la sensation, c'est donc commettre une pétition de principe. La raison ne vient pas de la sensation ; elle préexiste à la sensation.

Conclusion : la connaissance humaine contient donc des éléments irréductibles à l'expérience.

ARTICLE II

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