LA VISION EN DIEU DE MALEBRANCHE
III. — Origine de la connaissance : c'est la connaissance des idées immuables et universelles qui constitue la science. Mais, puisque les idées existent en dehors du monde sensible, comment l'esprit peut-il les atteindre ? Platon explique sa pensée par le mythe de la caçeriie (^). Les âmes sont éternelles ; avant de vivre dans le monde sensible, elles ont existé dans un monde supérieur où elles contemplaient les idées. Mais, en punition d'une faute, elles furent enfermées dans des corps terrestres comme dans des prisons. Supposez un captif dans une caverne, le visage tourné vers la muraille qui fait face à l'ouverture par laquelle entre la lumière du jour. Devant la caverne passent des objets, dont les ombres se réfléchissent sur la muraille. Le captif prend ces ombres pour des réalités. Telle est la situation de l'homme, en ce monde. Il ne voit que les reflets des réalités invisibles. Mais, comme les choses sensibles n'existent que par leur participation aux idées, et comme les âmes ont contemplé les idées dans une vie antérieure, elles se souviennent des choses intelligibles à l'occasion des choses sensibles ; à la vue de la copie, elles se rappellent le modèle. L'homme croit apprendre ce qu'il ne savait pas ; au fond il ne fait que se ressouvenir (^).
IV. — Critique : i° C'est une théorie purement hijpothétique : aucune preuve de cette préexistence des âmes. Nos connaissances rationnelles n'ont pas le caractère de réminiscences : ce ne sont pas des souvenirs que nous rapportons au passé. — On dira : ce sont des souvenirs inconscte/ite. Mais de quel droit affirmer la préexistence d'une science totalement oubliée ? — 2^ Cette doctrine revient à une sorte ^'empirisme transcendantal : nos idées actuelles viennent de nos anciennes intuitions. Elle a quelque analogie avec la théorie de Spencer : pour celui-ci les principes sont d'anciennes habitudes formées par nos ancêtres.