LE CRITICISME DE KANT
I. — Exposé (^) : Kant substitue à l'expression vague d'idée innée celle de loi a priori. Dès l'origine, l'intelligence a une constitution déterminée ; elle a un certain nombre de formes, de cadres, dans lesquels elle enserre nécessairement tout ce qu'elle pense. Kant répartit ces éléments a priori en trois groupes (166, II) : 1° Les formes de la sensibilité : Yespace et le temps. — 2° Les catégories de rente?idement, dont les principales sont V unité, la cause, la substance. — 3^ Les idées de la raison, qui se ramènent à Vabsolu. Antérieurs et supérieurs à l'expérience, dont ils sont les règles nécessaires et universelles, ces éléments a priori ne s'appliquent qu'à l'expérience, c'est-à-dire aux phénomènes et non à l'être, aux réalités, aux noumènes. Ils n'ont donc qu'une valeur subjective, relative, humaine.
IL — Critique : n'examinons ici que les difficultés qui se rapportent au point de vue psychologique :
A) Kant affirme que l'esprit est ainsi constitué, mais il n'explique pas Vorigine de ces formes a priori.
B) D'après lui les principes existent dans l'esprit avant toute expérience. On ne conçoit pas qu'il en puisse être ainsi : ces principes sont des lois qui régissent des faits de conscience ; mais une loi ne peut être que le résumé des faits auxquels elle s'applique, elle ne saurait être antérieure à ces faits mêmes ; on ne peut donc admettre que les principes soient antérieurs à toute expérience.
C) S'ils le sont, comme le soutient Kant, ils n'ont aucune valeur : antérieurs à l'expérience, ce sont des lois que l'esprit impose arbitraiment aux choses. Rien ne prouve que ces lois soient la représentation fidèle de la réalité.De sorte que d'autres esprits pourraient être constitués autrement que le nôtre et construire du même monde une science absolument contraire à la nôtre. C'est méconnaître la nécessité et l'universalité objectives des principes, base de la science i^).
Remarque : on ajoute parfois un autre système, le traditionalisme qui attribue la connaissance des idées rationnelles à une révélatioQ primitive de Dieu, transmise par le langage (229, § B).
C) Kant, Critique de la raison pure: Analytique transcendantale. — Cf. L. Liard, La science positive et la métaphysique, L. II. — Lachelier, Fondement de V Induction. — • G. Sortais, Exposé et Réfutation du Kantisme, dans Études philosophiques et sociales, p. 149 sqq.
(*) Pour la réfutation du Criticisme. Cf. Rabier, Psychologie, Ch. xxix. — T. Pesch, Le kantisme et la science. — Le kantisme et ses erreurs. — (Voir Métaphysique générale, Ch. II, Art. II, § III.)