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I.— Formules : il faut rejeter les formules suivantes

a) Tout effet a une cause : c'est une tautologie, car qui dit « effet », dit « produit par une cause » ; le principe reviendrait donc à dire : « ce , qui est produit par une cause a une cause ». — ■ b) Tout être a une cause : formule trop i>aste, car l'Être nécessaire n'a pas de cause ; il a sa raison d'être en lui-même. — c) Tout phénomène a une cause : formule trop étroite, car elle laisse de côté les substances.

Voici la vraie : Tout ce qui arrive ou tout ce qui commence d'être a une cause.

IL — Origine : A) Il ne dérive pas de l'expérience : les savants, nous l'avons vu, ne se proposent pas de chercher les forces productrices des phénomènes, mais de déterminer l'ordre constant et nécessaire des phénomènes. Pour eux, le mot cause signifie condition nécessaire et suffisante, ou condition déterminante. Dans ce sens la cause d'un phénomène c'est un autre phénomène. Dès lors la formule du principe de causalité se ramène à celle-ci : « Tout phénomène est invariablement précédé d'un autre phénomène. » Même ainsi envisagé, ce principe ne peut venir de l'expérience, comme le soutient S, Mill (170). D'après lui, l'expérience nous présente un grand nombre de successions constantes ; elle nous

montre certains antécédents précédant invariablement certains conséquents. Il se forme alors en notre esprit une tendance à penser qu'il eu est ainsi partout ; peu à peu cette tendance se fortifie en proportion des cas favorables et finit par devenir pour la pensée un principe, une loi : a) nécessaire, parce que l'esprit ne peut plus dissocier les éléments qui la constituent ; b) uniçerselle, parce que les associations sur lesquelles elle repose sont communes à tous. Le principe de causalité naît donc de l'habitude que nous avons d'associer les idées de deux phénomènes qui se sont toujours succédé dans notre expérience.

Critique : 1°) A supposer que ce principe pût se former ainsi passivement en nous, il ne représenterait que les expériences passées. Mais celles-ci ne sont rien en comparaison de tous les cas que l'avenir tient en réserve. Fruit de l'habitude, il peut être détruit par elle. Il n'a donc qu'une valeur provisoire. Mill (^) avoue d'ailleurs qu'il peut être détruit par les expériences futures, comme la croyance à l'existence des seuls cygnes blancs. Ce principe n'a donc qu'une nécessité subjective et une universahté relative. Comment alors pourrait-il servir de base à la science, qui suppose un enchaînement objectif et invariable des phénomènes ?

2°) Si le principe de causalité était le résultat de l'habitude, il ne serait qu'une acquisition tardive et progressive de l'esprit. Or il n'est peut-être pas, dans l'esprit humain, d'acquisition plus précoce et plus immédiatement parfaite. Il apparaît dans toute sa force au premier éveil de l'intelligence de l'enfant.

3°) D'ailleurs cette formation par la seule expérience est impossible. En effet, les cas où nous constatons des successions constantes sont bien plus rares que ceux où nous n'en voyons pas : au regard de l'expérience pure le monde est un chaos. La constance des successions est si peu visible que leur découverte est pour la science le point difficile. Souvent le savant est induit en erreur par des coïncidences frappantes, mais illusoires. Les méthodes, que S. Mill lui-même a tracées pour découvrir le rapport causal, prouvent qu'il faut être en garde contre les coïncidences apparentes {Logique, 67, Sect. II, § A, C).

40) Dans cette théorie, on ne saisit plus la différence entre le rapport de succession pure et le rapport de causalité : le jour précède invariablement la nuit, et n'en est cependant pas la cause. Sans doute Mill (^) dit que l'antécédent causal ne peut être que l'antécédent « inconditionnel », déterminant ; mais d'où lui vient cette idée ? L'expérience peut suggérer l'idée de succession même constante, mais non celle de nécessité. Si Mill pense que tel fait produira nécessairement tel autre

(M Système de Lagique L. III, Ch. XXI. § 3. Traduct. Reisse. T. II, p. 106, (') Système de Logique, L. III, Ch. V. i 5.

fait, c'est qu'il introduit inconsciemment, dans la succession, le principe de causalité qu'il a la prétention d'en tirer.

Remarque : on réfuterait de même la théorie de Spencer en remarquant que VÉvoïutionnisme suppose qu'à Yorigine de l'espèce les principes ont été acquis par les individus grâce à l'association. Spencer a beau étendre l'expérience à plusieurs siècles, le temps par lui-même n'ajoute rien à la nature de l'expérience ; il peut simplement, avec Vhércdité, renforcer la nécessité subjective et relative des associations (171).

B) Il dérive des données de la conscience interprétées par la raison : la conscience montre l'âme comme produisant un grand nombre de phénomènes. — De ces données concrètes, fournies par l'expérience interne, l'intelligence abstrait l'idée de cause : ce qui produit quelque chose ; l'idée d'e//ei : ce qui est produit, ce qui commence d'être, ce qui arrive. — Puis, la raison saisissant le rapport nécessaire, qui unit ces deux concepts, formule ainsi le principe de causalité : Tout ce qui commence d'être a une cause. — Enfin l'esprit, s' appuyant sur l'analogie, l'applique aux objets extérieurs. Peu à peu, comme on l'a dit, au contact de l'expérience externe, l'esprit modifie sa conception primitive de la causalité pour l'adapter aux différents êtres selon le degré de perfection de leur activité (13). C'est la part de vérité contenue dans les doctrines empiristes.

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