A. — IDÉE DE FIN
I. — Définitions : la cause finale ou fin est ce pourquoi une chose est faite. C'est le but que se propose la cause efficiente en agissant ; ou encore, si l'on veut, c'est Y idée d'un fait futur qui met en mouvement la cause efficiente : vg. l'ouvrier travaille pour gagner sa vie.
IL — Espèces : on distingue : 1° La fin prochaine : celle que l'agent se propose sans fin intermédiaire ; — éloignée : celle qu'il se propose après une ou plusieurs fins intermédiaires ; - — dernière : celle qu'il se . propose comme terme extrême de son action. Elle l'est relativement, quand elle est le terme d'une série d'actes : vg. un élève étudie pour s'instruire (fin prochaine), pour être bachelier (fin éloignée), pour remphr son devoir (fin dernière). Elle l'est absolument, quand elle est le terme suprême de toute l'activité de la vie : cette fin absolument dernière à laquelle tend l'homme, c'est le bonheur parfait, qu'il ne trouvera que dans la possession de Dieu. La fin d'un être est son bien propre ; et un être est heureux quand il est parvenu à sa fin, car il a atteint toute la perfection dont il est capable, il possède le bien pour lequel il est fait ; il en jouit et s'y repose. Le bonheur, c'est le repos dans le bien assuré.
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2° Finalité externe : c'est le rapport d'une chose avec le but pour lequel elle a été faite : vg. une montre est faite pour marquer l'heure ; cela revient à Y utilité d'un être par rapport à un autre ; — interne : ce sont les rapports réciproques des parties au tout ; c'est le rapport d'un organe avec sa fonction ; d'une faculté avec son objet : vg. l'œil est constitué pour voir ; l'intelligence pour connaître.
On entend par moyen ce qui conduit à la fin. La fin est recherchée pour elle-même, le moyen pour la fin : le malade veut la santé, et, pour obtenir ce but, il emploie des remèdes même amers ; il aime ceux-ci, non pour eux-mêmes, mais à cause de la santé qu'ils procurent.
III. — Rapports de la cause finale avec la cause efficiente :
A) Subjectivement, dans l'ordre de l'intention : la cause finale détermine la cause efficiente à agir. Elle est la première cause d'action, puisque, sans elle, la cause efficiente ne se déterminerait pas à agir. Aussi Aristote dit que la fin est « cause de la cause ».
B) Objectivement , dans l'ordre de l'exécution : la fin est Veffet produit par la cause efficiente. On voit donc que ce qui est premier dans l'intention est dernier dans l'exécution : primum in intentione est ultimum in executione.
La fin est à la fois cause et effet ; cause dans l'ordre idéal : en tant quHdée elle excite l'être à agir ; — effet dans l'ordre réel. Il n'y a pas contradiction, car le point de vue diffère. Ainsi on peut dire : les ailes ont été données à l'oiseau pour voler et l'oiseau vole parce qu'il a des ailes. Le vol est tout ensemble la cause pour laquelle l'oiseau a des ailes, et Veffet qui résulte de leur usage. Bref, la cause finale est un effet prévu et voulu par un être intelligent.
L'idée de fin, pour être complète, implique l'idée des moyens. A ce point de vue, Lachelier {}) a défini la finalité : La détermination des parties d'un tout par l'idée du tout. C'est l'idée de l'œuvre totale, qui expHque la nature et les rapports des éléments qui la constituent ; c'est la fin qui détermine le choix et l'adaptation des moyens.
IV. — Origine : A) L'idée de fin ne vient pas des sens : l'expérience externe ne nous dit pas d'où viennent les choses ; elle ne nous dit pas davantage la fin à laquelle elles tendent ; elle ne nous montre que des phénomènes juxtaposés et successifs, rien au-delà. Or la fin est une idée. Les sens ne peuvent donc pas plus nous faire connaître les fins quelles causes.
B) C'est de l'expérience interne, de la conscience de notre activité que nous tirons la notion de finalité. Dans nos actes raisonnables nous sentons que nous n'agissons pas sans motif, mais pour un résultat conçu,
(•) Du fondement de l'induction, § I, p. 12 ; § VI, p. 79.
désiré et voulu par nous. — Ainsi nos actes s'expliquent sans doute par notre énergie qui les produit, mais cette énergie ne s'exerce que si elle est mise en branle par une fin. C'est donc, comme dit Aristote, la finalité qui est cause que nous sommes cause, que nous agissons. Aussi nous ne pouvons nous attribuer comme effet que ce que nous avons voulu comme fin, et nous ne pouvons vouloir comme fin que ce que nous croyons pouvoir réaliser comme effet.
De cette notion concrète fournie par la conscience, l'intelligence dégage l'idée abstraite de fin et, comme pour la causalité, nous l'étendons, en dehors de nous, à toutes les réalités {}).