B — ORIGINE DE CETTE NOTION
L'idée d'absolu ne dérive pas de l'expérience : 1° Des sens : les sens ne nous montrent rien d'absolu .
2° De la conscience : je ne me connais pas comme quelque chose d'absolu.
Elle provient du concours de l'expérience et de la raison. C'est l'opinion d'AmsTOTE, des Scolastiques, de certains philosophes contemporains comme Rabier (^). Il y a deux questions à résoudre : Comment concevons-nous l'absolu ? Pourquoi ?
I.— Comment, par quel moyen concevons-nous l'absolu ? L'intelhgence Vabstrait des données fournies par l'expérience. L'absolu, c'est :
1° Le nécessaire : tout ce que nous fait connaître l'expérience est à la fois cause et effet. Faisons abstraction de ce second rapport, il reste : une chose qui est cause et n^est point effet ; c'est la notion du nécessaire.
2o L'infini : toutes les activités que nous connaissons par l'expé-
(*) Psychologie, Ch. xxxiv.
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rience sont finies et elles restent finies si loin que, par la pensée, nous reculions leurs limites. Faisons abstraction de toute limite, il vient : la puissance sans limites ; c'est l'idée de V infini.
3° Le parfait : toutes les choses que nous connaissons par l'expérience sont imparfaites, car nous pouvons nous les représenter toutes avec de nouvelles qualités. Supprimons toute borne, il reste : un être doué de tous les attributs possibles, illimités chacun en son genre. C'est l'idée de l'être parfait.
Objection de Platon, de Deseartes, de Bossuet, etc. : exphquer les notions du nécessaire, de l'infini, du parfait, en prenant pour base les notions du contingent, du fini, de l'imparfait, c'est faire un cercle vicieux, car ces dernières notions présupposent les premières. Comment savoir vg. que je suis contingent si je ne me compare à l'idée d'un être nécessaire ? Il faut donc dire avec Bossuet (^) : « Le parfait est le premier et en soi et dans nos idées, et l'imparfait en toutes façons n'en est qu'une dégradation. "Dis-moi, mon âme, comment entends-tu le néant, sinon par l'être ? Comment entends-tu la privation, si ce n'est par la forme dont elle prive ? Comment l'imperfection, si ce n'est par la perfection dont elle déchoit ? »
Réponse : pour savoir vg. : A) qu'une grandeur est finie, il suffit que je la compare à une grandeur qui la dépasse.
B) Que je suis imparfait, il suffit que je me compare à l'un de mes semblables mieux doué que moi.
C) Contingent, il suffit que je saisisse la relation qui m'unit à la cause particuhère dont je dépends. Il n'est donc pas requis d'avoir au préalable les idées de nécessaire, d'infini, de parfait. Il faut, par conséquent, répondre à Bossuet : l'être absolu est, dans l'ordre ontologique (de l'existence), antérieur à l'être relatif, est premier en soi ; mais il n'est pas premier dans nos idées, dans l'ordre logique (de la connaissance) : Vidée de l'absolu est donc postérieure à Vidée du relatif.
II. — Pourquoi, pour quel motif sommes-nous poussés à concevoir l'absolu ? Notre esprit y est nécessité par le principe de raison suffisante. Une chose relative étant donnée, le principe de raison nous force de concevoir une autre chose qui l'exphque. Mais si celle-ci est relative comme la première, elle nous renvoie à une troisième. Or, tant que l'intelhgence demeure dans la série des choses relatives, elle ne trouve pas de raison suffisante pour s'arrêter, la même raison subsistant toujours d'aller plus loin, à savoir la dépendance qui est l'essence du relatif. Comme elle ne peut cependant aller à l'infini," comme il faut s'arrêter enfin, la raison conçoit un être absolu, qui est indépendant de tout et duquel dépend tout le reste, auquel se rattache toute la série des êtres relatifs.
(M Élévations sur les mystères, I" Semaine, 2« Élévation.