‹ Traité de philosophieChapitre 411 sur 921 · C. — PREUVES MORALES · texte numérisé non relu

C. — PREUVES MORALES

Toutes les notions de l'ordre moral, notamment les notions du devoir et de la responsabilité, postulent la liberté. Sans la liberté elles n'ont plus de raison d'être ; elles sont inexplicables et impraticables. Donc il faut ou bien rejeter toute la morale ou admettre l'existence du libre arbitre.

I. — Devoir : nous nous sentons obligés d'obéir à la loi morale, d'accomplir le devoir qu'elle commande d'une façon catégorique (Cf. Morale, L. I, Cli. ii). Or devoir implique pouvoir : si je dois, je puis, comme le remarque Kaîsit. En effet, si l'homme n'est pas Ubre, lui imposer une obligation est inutile ou absurde. Inutile, s'il observe nécessairement la loi morale ; absurde, s'il la transgresse nécessairement, car « à l'impossible nul n'est tenu ».

II. — Responsabilité : la responsabilité et les autres conséquences de la moralité, le mérite et le démérite, la vertu et le vice, la satisfaction et le retnords de la conscience, Vestime et le mépris, etc., supposent aussi l'existence du hbre arbitre.

Nous ne nous sentons responsables que des actes que nous avons posés librement. Ce qui rend le remords intolérable, c'est la pensée qu'on pouvait s'abstenir de mal faire, si on l'avait voulu. Si le mal commis l'a été involontairement, par inadvertance (vg. on tue un de ses amis à la chasse), on éprouve des regrets, mais non pas des remords. De même les joies de la conscience, après une bonne action, ne sont pas concevables si l'on a fait le bien forcément.

Si l'homme agit nécessairement, où sont le mérite et le démérite ? le vice et la vertu ? Il n'a pas plus de mérite ou de vertu que l'arbre qui donne de bons fruits ; il n'a pas plus de démérite ou de vice que le lion qui dévore sa proie. C'est ainsi « qu'on ne blâme ni on ne châtie un enfant d'être boiteux ou laid, mais on le blâme et on le châtie d'être opiniâtre, parce que l'un dépend de sa volonté et que l'autre n'en dépend pas {}) ».

(M BossuET, De la connaissance de Dieu et de soi-même, Ch. i, § 18. — Ad. Guillot, lonKtemps juge d'instruction, constate, dans son livre Les Prisons de Paris (Ch. v), que les détenus eux-mêmes ne cherchent pas à décliner la responsabilité de leurs crimes en niant la liberté.

Si Thomme est soumis à une inéluctable nécessité, l'estime et le mépris n'ont plus de portée ni de sens. Comment estimer ou mépriser quelqu'un qui fait le bien et le mal sans le vouloir ? Il faut donc conclure, avec Kant, que la moralité a pour condition nécessaire la liberté.

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