‹ Traité de philosophieChapitre 412 sur 921 · D. — LA JUSTICE SOCIALE · texte numérisé non relu

D. — LA JUSTICE SOCIALE

Les peines et les récompenses, édictées par les lois humaines, sontelles une preuve du libre arbitre ? Leibniz et à sa suite les déterministes prétendent qu'on peut concevoir les peines et les récompenses sans admettre le libre arbitre. Leibniz a imaginé une théorie de la peine qui, selon lui, peut se passer de la notion de liberté (^). Même en supprimant la liberté, les châtiments peuvent subsister comme moyen :

1° De défense pour la société.

2° De correction pour empêcher les criminels de récidiver.

3^ D'intimidation pour arrêter ceux qui seraient tentés de les imiter.

Les récompenses persisteraient à titre d'encouragement.

Ces raisons prouvent que les peines et les récompenses seraient utiles, quand même l'homme ne serait pas libre. Mais cette théorie fausse la notion de la peine et celle de la récompense, car ces deux notions n'emportent pas seulement l'idée d'utihté, mais encore et surtout l'idée de justice. Aux yeux de l'opinion pubhque, qui est, ici, l'écho fidèle de la raison, une peine n'est vraiment peine et une récompense n'est vraiment récompense que si l'une et l'autre sont méritées. Leibniz apporte l'exemple des fous furieux et des animaux nuisibles qu'on peut détruire. C'est vrai ; mais, dans la répression, on ne traite pas les criminels comme les fous ou les animaux. Si l'on rejette le hbre arbitre, cette différence de traitement n'est pas fondée. Dépouiller la justice humaine de toute considération relative à la responsabiUté, au mérite et au démérite, c'est la ravaler à l'exercice du droit du plus fort.

Conclusion : en niant la hberté, on nie du même coup le devoir, la responsabihté, la justice, c'est-à-dire la moralité ; on ne peut les comprendre sans la liberté. La hberté est donc la seule raison qui rende suffisamment compte des faits les plus importants de la vie morale et sociale.

Remarque : preuves insuffisantes. — ^ On a voulu voir une preuve en faveur de la liberté dans certains phénomènes moraux qui se manifestent dans la vie privée ou sociale, comme vg. les lois ; — les promesses, les contrats, les paris ; — les ordres, les conseils, les prières, les menaces, etc. Ces faits rappelés, on raisonne ainsi : Pourquoi suppher qui n'est pas maître de vous exaucer ? A quoi bon conseiller ou menacer qui est

(M Leibniz, Théodicée, P. I, § 67 et s.

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