A. — STATISTIQUE ET LOIS DES GRANDS NOMBRES
I. — Objection : Fr. Bernouilli a étabU cette loi du calcul des probabilités, qu'on nomme « lois des grands nombres ». Qu'on examine un très grand nombre d'événements, ces événements, envisagés isolément, semblent ne dépendre que du hasard ; mais considérés dans leur ensemble ils présentent une grande régularité. Les résultats de la statistique., qui sont l'expression de la loi des grands nombres, prouvent que dans une contrée déterminée on peut prévoir le nombre de meurtres, de vols, de suicides, de mariages, etc., qui auront lieu dans une année, quoique chacun de ces actes, considéré séparément, semble dépendre de la hberté humaine.
II. — Réponse : 1» D'une année à l'autre, les nombres relevés par les statistiques ne sont que relativement constants ; il y a toujours des variations susceptibles d'être mises au compte de la liberté.
2" Les statistiques ne régissent que la collection des individus et non les individus eux-mêmes ; elles ne déterminent que les moyennes et non les cas particuliers. C'est pourquoi Cl. Bernard disait : « Le médecin n'a que faire de ce qu'on appelle la loi des grands nombres, loi qui, suivant l'expression d'un grand mathématicien, est toujours vraie en général et fausse en particulier » .(^) Quand même il y aurait, chaque année, tant de meurtres dans une région, cela ne contraint aucunement tel ou tel individu à commettre un assassinat.
3° On ne peut rien conclure des statistiques, contre la liberté. En effet, la hberté est une cause irrégulière, dont les interventions opposées se compensent et s'annulent. Or les statistiques ne mettent en lumière que les déterminations régulières, c'est-à-dire les résultats des causes constantes et fatales. Elles éliminent forcément l'action des causes variables et libres.