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IIL — VRAIE NATURE DU LIBRE ARBITRE

C'est la volonté qui, par son choix, fait triompher un motif et le rend ainsi le plus fort. Cette « prévalence » du motif préféré est l'œuvre même de la volonté, c'est elle qui confère au plaisir, à l'intérêt ou au devoir cette prédominance pratique. La vérité est donc dans un juste milieu entre le déterminisme et l'indéterminisme absolus ; il faut admettre une hberté limitée et conditionnée. Cette doctrine n'explique les déterminations humaines ni par la seule volonté, comme les partisans de la liberté d'indifférence, ni par les seuls motifs, comme les défenseurs du déterminisme, mais par le concours de la volonté et des motifs. La volonté est la cause des déterminations ; les motifs en sont la condition nécessaire, quoiqu'insuffisante.

L'homme déhbère, avant d'agir, parce que sa volonté est sollicitée par des motifs hétérogènes : plaisir, intérêt* devoir (^). « S'ils étaient tous également présents, également immédiats, perçus de la même manière, représentant une même nature de jouissance, différents de quantité seulement et non de qualité, ils se rangeraient nécessairement sur une échelle unique, le plus fort au-dessus, le plus faible au-dessous ; et le plus fort l'emporterait fatalement. C'est ce qui arrive chez la brute. Mais chez l'homme il n'en va pas ainsi. La hiérarchie de valeur entre les motifs est absolue en soi, et c'est ce qui fonde le devoir ; à l'égard des

(') On dira : ils ont cela de commun qu'ils sont des biens. — C'est vrai, ce sont des biens, mais différents. Le plaisir se rapporte au bien sensible, l'intérêt au bien utile et le devoir au bien honnête (Cf. Morale, L. I, Ch. m).

diverses puissances dont est composée notre nature, cette hiérarchie est relative, et c'est ce qui fonde la hberté (^). »

Si l'on conteste la possibihté de l'acte libre, c'est souvent parce qu'on s'en fait une idée fausse : on le considère comme une création mystérieuse, une sorte de production ex nihilo, que rien n'a préparée. La liberté, au contraire, se manifeste au milieu d'une organisation physique et morale dont elle dépend. Notre volonté, avant d'agir, doit compter avec tout un ensemble de conditions : le tempérament, les aptitudes héréditaires, la sensibilité plus ou moins ardente, l'intelligence plus ou moins vive, les habitudes acquises, l'éducation, etc. Cela prouve non pas que le libre arbitre est une chimère, mais simplement qu'il a des limites, qu'il est conditionné. Notre liberté intervient dans ce conflit de tant de conditions qui nous tiraillent en sens opposés, et c'est son choix qui détermine le cours de nos actions (210, II).

On peut comparer le développement de la vie morale à la marche d'un vaisseau. Celui-ci ne peut voguer sans une foule de conditions : eau, voiles, vents, etc., éléments qui tous sont régis par des lois nécessaires. Mais, pour arriver au but, il faut encore l'intervention du pilote qui détermine la direction du bâtiment ; son habileté ou son erreur décidera de la marche et du sort même du navire, qu'une même impulsion, sous le gouvernement d'un pilote sage ou imprudent, peut précipiter sur un écueil ou conduire au port.

Remarque : Comparaison de la balance. — Elle est inacceptable, à plusieurs titres :

A) Les poids représentent les motifs. Mais les poids sont des causes physiques^ tandis que les motifs sont des causes finales. De là découlent plusieurs diiïérences essentielles :

1° Les poids, étant des quantités, sont homogènes^ de même espèce

et peuvent être rapportés à une certaine mesure prise pour unité. Les

motifs, nous l'avons vu, considérés en eux-mêmes, sont hétérogènes, de

..nature différente et, par conséquent, ne peuvent avoir de commune

mesure.

2o Les poids, étant extérieurs à la balance, s'en distinguent réellement. Les motifs sont intérieurs à l'âme : ce sont ses émotions, ses passions, ses pensées.

30 Les poids sont des quantités fixes et invariables. Les motifs sont susceptibles de variations nombreuses, par suite de leur rencontre mutuelle et de l'action que la volonté exerce sur eux.

(M M. D'HuLST, Conférences de Noire-Dame, 1891, 3« Conf., p. 128. — On dit encore : la volonté suit toujours le dernier jugement pratique qui précède sa résolution ; elle est donc déterminée par une appréciation. Voici la réponse : ce jugement pratique ne s'impose pas à la volonté ; elle y acquiesce de son plein gré et le fait sien.

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