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LE CARACTÈRE ET LA VOLONTÉ

très bouillant de caractère, devint le plus doux des hommes (^). Aussi S. MiLL lui-même a-t-il dit : « L'homme a jusqu'à un certain point le pouvoir de modifier son caractère. Qu'il ait été en dernière analyse formé pour lui, n'empêche pas qu'il ne soit aussi en partie formé par lui, comme agent intermédiaire (^). » Les caractères sont, selon le mot de Novalis, des « volontés façonnées ».

V. — Influence du caractère sur la volonté : on ne peut nier non plus linfluence du caractère sur la volonté, car :

1°) Chacun est plus ou moins encHn à déhbérer ou à agir sans déhbération, selon que l'intelligence ou la sensibilité prédomine dans le caractère.

20) Le genre, la fréquence et la force des motifs, qui se présentent d'eux-mêmes à l'esprit, dépendent de la nature des caractères.

30) Certaines personnes sont naturellement promptes à se décider et tenaces dans leurs décisions ; d'autres sont irrésolues et inconstantes.

40) Les goûts acquis, les souvenirs, les principes d'action antérieurement acceptés ont, sur la décision actuelle qu'on veut prendre, une influence et une efficacité relatives.

VI. — Caractère et Liberté : cette influence du caractère peut-elle se concilier avec la libertés? Pour répondre plus clairement, distinguons les deux éléments du caractère :

A) Le caractère inné : chaque homme, en venant au monde, apporte dans son organisme physiologique et dans sa constitution mentale certaines tendances fatales. Ces inchnations innées ne sont pas irrésistibles ; elles prédisposent, mais ne nécessitent pas. La preuve c'est'qu'en fait on résiste aux impulsions de son caractère, c'est qu'on peut façonner son caractère.

B) Le caractère acquis : il est en grande partie l'œuvre de la volonté ; il se compose àliahitudes que nous avons contractées nous-mêmes, de facultés dont nous avons favorisé la croissance ou entravé le développement. Il serait différent si nous avions voulu et agi autrement. Donc^ même en lui attribuant sur notre conduite présente une action irrésistible, on n'en peut rien conclure contre la liberté, car cette nécessité serait l'œuvre de notre propre volonté. Le caractère exprime la règle plus ou moins constante que la volonté s'' impose à elle-même à travers la série de ses résolutions. Voilà comment et pourquoi l'homme est responsable non seulement de ses actes, mais encore de son caractère.

(') « Rachel de Varnhagen, le D' Johnson, Henriette Martineau, dit Fouillée, étaient nés avec un tempérament mélancolique... Mais par leur intelligence et leur volonttà ils arrivèrent à vaincre cet ennemi caché de la paix intérieure. »

(-) S. MiLL, Système de Logique, L. VI, ch. 11, § 3, T. II, p. 124. Cf. ch. v.

(213) l'éducation en général 407

Conclusion : ce que nous faisons aujourd'liui dépend de ce que nous avons fait hier, et nos déterminations d'aujourd'hui conditionnent celles de demain. Mais cette solidarité, qui relie entre eux les actes de l'homme, lui laisse le pouvoir de se transformer, car le présent n'est pas totalement inclus dans le passé, ni l'avenir dans le présent. Assurément, au moment de me décider, les idées, les inclinations, les habitudes, legs de mon passé, existent et tendent à se réaliser. Mais ce ne sont pas les facteurs suffisants de ma vohtion : il faut en outre l'acte même de vouloir, qui les combine et les emploie d'une façon particuhcre. C'est dans cette synthèse personnelle, dans cet acte nouveau, dans ce fiât, comme parle W. James, que consiste l'exercice original et imprévisible de la volonté libre.

Sans doute la décision, que je prends à tel moment, n'annihile pas les motifs et les mobiles antécédents, mais elle modifie leurs rapports et leur confère une autre valeur. Or, comme tout phénomène psychologique laisse après lui quelque trace, chaque vohtion nouvelle ajoutant son effet à la vohtion précédente, il en résulte une force' qui peut devenir un principe de transformation. C'est ainsi que le présent, en modifiant sans cesse le passé, prépare peu à peu un avenir qui en diffère. Ce qui revient à la volonté, comme un effet à sa cause, ce n'est pas notre nature physique, intellectuelle et morale, c'est Vemploi qu'ehe en fait. Cet usage développe progressivement en nous une seconde nature, qui insensiblement se greiïe sur la première et finit par s'y substituer. L'être a été profondément modifié, et, conséquemment, un nouveau principe d'opération apparaît, car, selon l'axiome scolastique : Operatio sequitur esse.

Remarque : Causes principales du caractère :

I. — Inné : a) La constitution ou tempérament physique ; b) la constiiiition mentale (facultés, inclinations). Ces deux causes dépendent plus ou moins de l'hérédité, le corps en dépend complètement ; quant à l'âme, étant créée par Dieu, elle y échappe dans son essence et sa nature. L'hérédité peut cependant exercer une influence indirecte sur les facultés et les inclinations, en tant qu'elles sont conditionnées, dans leur exercice, par l'organisme que nous tenons de nos ancêtres.

II. ^ — Acquis : a) V éducation ; — h) \q milieu où l'on vit ; — c) les habitudes qui résultent de nos actes journahers.

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