‹ Traité de philosophieChapitre 435 sur 921 · L'ÉDUCATION EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

L'ÉDUCATION EN GÉNÉRAL

I. — Définition : elle a pour but de développer harmonieusement toutes les facultés. Elle aurait beau donner à une faculté particulière le plus complet développement, si elle négligeait les autres, elle manquerait son œuvre qui est de former l'âme

408 l'éducation en général (213)

tout entière. Dans ce sens large, l'éducation embrasse la culture de toutes les facultés, c'est-à-dire de la sensibilité, de l'intelligence et de la volonté. Dans un sens restreint, elle s'entend plutôt de la formation des facultés morales, la volonté et le cœur ; on l'oppose alors à l'instruction, qui s'applique plus spécialement au développement de V intelligence (^).

II. — Qualités : nos diverses facultés ne s'éveillent pas au même moment, mais elles se succèdent dans un ordre déterminé (12, II). La vie sensible se manifeste la première ; puis, un peu plus tard, l'intelligence fait son apparition ; la volonté se montre la dernière. De là cette conséquence : l'éducation doit être :

A) Progressive, c'est-à-dire se conformer dans son évolution à l'évolution même de la nature. Sa règle fondamentale est de suivre le développement normal des différentes facultés et non de le prévenir. Une culture trop hâtive gâterait tout. Il y a un âge où l'on doit se borner aux leçons concrètes, aux leçons de choses ; il y en a un autre où l'on peut faire appel à la réflexion et présenter à l'intelligence des abstractions et des lois générales. Il ne faut donc pas marcher trop vite, sous peine de surmener et d'épuiser les facultés de l'enfant tendues à l'excès. Mais il importe aussi de ne pas rester en arrière. L'éducation doit être :

B) Simultanée : il ne faut pas perdre de vue, en effet, la solidarité qui unit toutes les facultés de l'esprit. Bien qu'elles ne se développent pas simultanément, dès l'origine, cependant elles existent toutes dans l'âme de l'enfant. C'est pourquoi l'éducation ?ie doit pas être successive. C'est l'erreur pédagogique de Rousseau d'avoir pensé que chacune des facultés doit faire l'objet d'une culture indépendante, et d'avoir en conséquence distingué trois périodes dans l'éducation : la première, selon lui, devrait être réservée aux sens, la seconde à l'intelligence, la troisième à la volonté et au cœur. Cette méthode est impraticable. La dépendance des facultés est telle que l'on ne peut agir sur l'une sans agir sur les autres. Comment exercer les sens sans recourir à l'attention, au jugement, à la volonté ? Comment développer l'intelligence sans augmenter l'amour du vrai et sans accroître la patience et la volonté ? Comment diriger la volonté, si l'on néghge la formation de la raison ? L'âme est indivisible ; chaque faculté c'est l'âme même : pour conduire chacune à son plein épanouissement, il faut façonner l'âme tout entière. L'éducation doit être progressive, sans doute, mais elle doit aussi être simultanée, c'est-à-dire s'adresser à toutes les facultés, en se proportionnant à leur degré de maturité. — Après cette vue d'ensemble, il faut parler en détail de l'éducation morale et de l'éducation intellectuelle.

(') F. DuPANLOUP, De l'Éducation. — H. Marion, Leçons de Psychologie appliquée à l'éducation. — E. Rayot, Leçons de psychologie avec des applications à l'éducation. — • Hervé- Bazin, Le jeune homme chrétien. — L'Éducation des Jésuites, par F. Butel, Docteur en droit, ancien magistrat. Cf. Livre IÏI« : Les méthodes d'éducation el d'enseignement. — Gréard, Éducation el instruction.

(214) l'éducation morale 409

Page 1