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ÉDUCATION DE LA SENSIBILITÉ

A. — Plaisir : l^) Plaisirs naturels : le travail aura de l'attrait si les exercices sont faciles, vivants, variés. Cependant, il ne faut pas épargner à l'enfant tout effort : ce serait le mal armer pour les luttes de la vie ; ce serait d'ailleurs supprimer le plaisir lui-même, car il résulte de l'activité normalement déployée. 11 faut faire comprendre à l'enfant que l'effort normal, le labeur conforme au bien est la source du vrai bonheur. On n'en fera pas un égoïste, car on lui inculquera cette loi complémentaire : le plaisir ne se donne qu'à ceux qui ne l'ont pas pris pour but (64, A, III).

2°) Plaisirs artificiels : l'éducation doit aussi faire appel aux récompenses. Kant ne les voit pas d'un œil favorable. Mais il faut prendre l'enfant tel qu'il est : la notion abstraite du devoir pur ne le touche pas ; « l'impératif catégorique « le laisse froid. C'est pourquoi la récompense sera d'une utihté incontestable pour l'amener à bien faire et pour soutenir sa bonne volonté. Il importe toutefois de la dégager de tout élément par trop matériel ; il faut qu'elle ait un côté élevé et moral. La récompense qu'il faut faire ambitionner avant tout à l'enfant, c'est le témoignage d'une bonne conscience.

B. — Douleur : i^) Réactions naturelles : l'éducateur doit écarter de l'enfant certaines souffrances que la nature ne manquerait pas de lui faire éprouver, parce que, d'abord sans expérience, il risquerait de transgresser à chaque instant les lois de l'ordre physique. Certains philosophes rejettent cette manière de procéder : ils veulent qu'on laisse l'enfant s'instruire à ses risques et périls, à l'école de la souffrance. La nature est la meilleure éducatrice : la douleur, conséquence d'imprudences commises, corrige mieux que tous les avertissements du monde : vg. un enfant joue avec un couteau ; laissez-le se couper sans le prévenir du danger ; il sera vite et bien corrigé. C'est le système des « réactions naturelles », déjà esquissé par Rousseau dans V Emile et repris avec des tempéraments par Spencer (^).

(>) FÉNELON , Traité de l'éducalion des filles, où il y a beaucoup à glaner pour les garçons.

— DuPANLOUP, L'enfant. — E. Barbier. De la discipline dans les écoles secondaires libres. — W. Tampé, Le dévelop2:)ement de l'initiaiive au collège, dans la revue les Éludes, 20 août 1898.

— H. Marion, L'éducation dans l'Université. — J. Burnichon, L'État et ses rivaux dans l'enseignement secondaire. — Lasplasas, Etologia 6 fdosofia de la Educaciôn. — P. F. Thomas, Morale et éducation. L'éducation des sentiments. — Queyrat, Les caractères et l'éducation morale.

(') Éducation physique, intellectuelle et morale.

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Que cette méthode puisse être de mise en certains cas, soit ; mais elle ne peut valoir pour tous. Elle ne serait souvent qu'une véritable cruauté et ne corrigerait l'enfant qu'au détriment de sa santé ou au péril de sa vie.

2o) Douleurs artificielles : l'éducateur doit parfois imposer des punitions afin de prévenir les actions funestes à l'avenir de l'enfant. Si la violation des lois physiques entraîne sans retard des effets douloureux, il n'en est pas de même des transgressions de l'ordre moral : ici la sanction ne suit pas toujours immédiatement la faute. Voici un enfant obstinément paresseux. Devenu homme, il comprendra le tort immense qu'il s'est fait. La punition arrive trop tard ; le mal est accompli ; il aurait mieux valu l'en préserver par une punition artificielle administrée à temps. En voici un autre qui est menteur. La nature ne se charge pas de l'en punir. Faut-il laisser l'habitude grandir et se fortifier ? Les plus chers intérêts de l'enfant recommandent donc l'emploi des punitions, quand la nature ne punit pas elle-même ou punit trop tard. Elles ont pour but de stimuler le sens moral et de prévenir les rechutes. Leur usage devient inutile quand l'enfant trouve, dans le blâme de sa conscience et le remords qui le suit, un châtiment assez efficace pour se corriger.

C. — Passions : l'éducation doit développer les passions généreuses et en même temps prémunir l'enfant contre les passions basses (59).

D. — Inclinations supérieures : l'éducation doit les développer, car elles font la dignité de l'homme ; il faut donc stimuler dans l'enfant :

1°) L'amour du vrai : en lui inculquant l'horreur du mensonge et en faisant valoir le prix de la vérité pour elle-même, indépendamment de toute considération utihtaire.

2») L'amour du bien : en faisant vivre l'enfant au miheu d'une atmosphère saine et morale, en évoquant devant lui le souvenir des nobles exemples et des actions généreuses, en allumant dans son âme le feu sacré de l'admiration et de l'enthousiasme pour tout ce qui est grand et pur, en le passionnant pour le devoir.

3°) L'amour du beau : le beau c'est l'inutile. En suggérer l'amour à l'enfant, c'est orienter son âme vers l'oubli de soi-même, le désintéressement, la générosité. En outre, l'art élève et purifie, car la vue du beau éveille en nous le désir de l'imitation ; d'instinct nous tâchons de nous mettre à l'unisson. En goûtant le beau, l'âme entre en sympathie avec lui et devient belle elle-même. C'est pour cela que les anciens attachaient une grande importance à la culture esthétique ; c'est en ce sens que les Grecs avaient raison de ne pas séparer le bien du beau et que les Stoïciens identifiaient la beauté et la vertu : to xaXoxàyxôov. [Esthétique^ Ch. ii, 13).

4») L'amour de Dieu : pour que l'enfant comprenne toute la grandeur du devoir, sente tout le respect qu'il lui doit, il faut qu'il sache que la loi

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morale, loin d'être une convention humaine, émane d'un législateur souverainement intelligent et juste, qui pénètre le fond des cœurs, connaît tous nos actes et nous en demandera compte. Le sentiment religieux (l'espoir en Dieu, l'amour de Dieu) est donc un auxiliaire puissant de la moralité, car l'humanité ne saurait se passionner pour des abstractions : on n'aime vraiment le devoir et la loi morale qu'en les rattachant à un être parfait, vivant et personnel, à Dieu. D'ailleurs l'amour de Dieu est merveilleusement efficace pour rendre l'amour des hommes plus actif et plus tendre.

Conclusion : c'est à l'éducation d'exciter et d'entretenir l'amour de l'idéal : c'est par là surtout qu'elle élève les âmes, car en toutes choses l'idéal est la condition du progrès et de la grandeur. Seules les âmes éprises d'idéal aspirent à un état meilleur et travaillent à sa réalisation, tandis que les esprits positifs se confinent dans la jouissance actuelle et que les sceptiques se moquent du présent comme de l'avenir.

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