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II. — ÉDUCATION DE LA VOLONTÉ

Ce qui fait surtout l'homme, ce n'est pas la science, car la science est une puissance malfaisante quand elle n'est pas dirigée par la moralité. Ce qui fait l'homme, ce sont les sentiments généreux, c'est le courage dans la pratique du bien, c'est l'abnégation dans l'accomplissement du devoir (^). Voilà pourquoi le but principal de toute l'éducation doit être la formation de la volonté. Cette formation peut être directe ou indirecte :

A) Formation indirecte. — La volonté a besoin pour agir du concours de l'intelligence et de la sensibilité (10, I). Tout ce que l'on fera pour perfectionner ces dernières facultés rejailhra naturellement sur la première.

En effet : 1°) La volonté aura d'autant plus de décision que la pensée sera plus nette et plus vive (195).

2°) L'ardeur du désir donne à la volonté une énergie singulière : « Rien de grand, a dit Pascal, ne se fait sans la passion » (58, § III).

3°) Un organisme bien équilibré est un auxiliaire précieux pour la volonté, et les divers exercices physiques peuvent contribuer à sa formation, car les uns exigent du sang-froid, du courage, de l'initiative ; les autres développent l'amour de la règle, l'esprit de disciphne, le sentiment de la solidarité {^).

(') M. Payot a voulu dans son livre V Éducation de la volonté fonder cette éducation sur les seules lois psychologiques, indépendamment de toute notion métaphysique du devoir. Misérable tentative que M. Rayot apprécie en ces termes : « Une telle éducation nous parait négliger le principe même de toute éducation de la volonté, et par suite n'avoir d'une éducation vraie que le nom. » (Op. cit., p. 439, note 1). C'est une application de la thèse malfaisante de la morale indépendante.

{.-) S. DU Lao, France, 7= Édit. p. 184 et suiv.

412 l'éducation morale (214)

B) Formation directe. — Céder à tous les caprices de l'enfant est une méthode déplorable : l'enfant capricieux, l'enfant « gâté » sera plus tard sans volonté, incapable de se maîtriser lui-même, car vouloir ne consiste pas à satisfaire toutes ses fantaisies, mais à se conduire d'après la raison.

Contrarier systématiquement tous les désirs de l'enfant et imposer sans ménagement sa propre volonté est un excès contraire, qui étouffe toute spontanéité. Il ne faut pas briser la volonté, mais l'assouplir et l'amener progressivement à se gouverner elle-même.

Toute la force de l'éducation est dans une discipline sagement tempérée. Sans doute il faut que l'enfant obéisse ; mais il ne faut pas que son obéissance soit servile et automatique. Il faut lui faire aimer la règle, de manière qu'il s'y conforme volontairement et volontiers. Voilà la discipline qu'il convient d'employer ; c'est la discipline libérale ; elle prépare à la liberté en obtenant l'obéissance, car elle habitue l'enfant à se déterminer non d'après le plaisir, mais d'après le devoir. C'est pourquoi l'éducation morale doit tendre à développer dans l'enfant la volonté de la « bonne volonté », c'est-à-dire la volonté du bien et l'amour du devoir.

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