‹ Traité de philosophieChapitre 441 sur 921 · IV. — Éducation de l'imagination : (124, § III · texte numérisé non relu

IV. — Éducation de l'imagination : (124, § III

V. — Éducation des opérations intellectuelles : 1" Attention : l'enfant y répugne ; le maître doit tâcher de la soutenir en la stimulant par l'intérêt, l'attrait, la variété de son enseignement.

2» Abstraction : l'abstrait, c'est l'idée réduite à sa plus simple expression ; mais il faut savoir le dégager de la réahté qui est très complexe. C'est pour cela que l'intelhgence, tant qu'elle n'est pas formée, éprouve de l'antipathie pour l'abstrait. Aussi l'enseignement ne doit-il pas débuter par des abstractions et des idées générales pour descendre aux choses les plus comphquées. Cette marche du simple au composé, quoique logique en elle-même, n'est pas à la portée de l'enfant; Rousseau et Pestalozzi ont réagi contre ce procédé en proposant la méthode « intuitive «. II faut commencer par les leçons de choses, par un enseignement concret. Mais on ne doit pas s'arrêter là ni s'y attarder, car il n'y a de science que si on s'élève aux idées abstraites et générales. Il faut donc habituer l'enfant, par des transitions bien ménagées, au maniement de l'abstraction.

3" Comparaison : l'enfant compare de très bonne heure, mais il rapproche les choses au hasard, en vertu des ressemblances les plus superficielles. Il s'agit moins d'exciter sa faculté comparative que de la rendre plus réservée, de le faire réfléchir avant de juger.

4° Généralisation : l'enfant aime aussi à généraliser, mais il le fait à tort et à travers, d'après les analogies les plus lointaines. Il faut le rendre plus prudent et plus attentif à démêler les vrais rapports des choses ; l'obliger à adapter son langage à sa pensée, car c'est souvent la pénurie de son vocabulaire qui le porte à des généralisations abusives ;

(M F. DUPANLOUP, De la haute éducation intellecluelle. — M. de Boylesve, S. J., Plan d'études et de lectures. — V. Bainvel, Causeries pédagogiques. — P. F. Thomas, La suggestion.

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il faut surtout le familiariser peu à peu avec l'ordre rationnel des idées générales, fruit de la « pensée patiente » des savants : c'est un moyen de le guérir de sa précipitation et de son étourderie.

5° Jugement : la culture du jugement semble être le but préféré de la pédagogie française. Elle est en effet très importante : penser juste est le plus sûr moyen de succès dans les diverses entreprises de la vie. Un jugement sain est aussi d'un secours indispensable pour la moralité. Sans doute il ne faut pas aller jusqu'à dire avec Socrate que toute faute provient d'une erreur de jugement, que « nul n'est mauvais volontairement ». Mais Spencer va à l'autre extrême quand il déclare que la culture intellectuelle ne sert à rienpourl'éducationmoraleiil oublie que la connaissance du bien est la condition nécessaire pour qu'on puisse le faire. L'éducation de l'intelligence rentre par ce côté dans l'éducation morale : « Toute notre dignité consiste dans la pensée ; travaillons donc à bien penser » (Pascal).

Il faut accoutumer l'enfant à réfléchir avant de porter un jugement, car il est très enclin à juger étourdiment d'après les apparences. Il faut aussi lui apprendre à juger par lui-même, car il est très porté à s'en tenir aux appréciations courantes et à suivre l'opinion du grand nombre.

6° Raisonnement : on dit souvent qu'il ne faut pas raisonner avec l'enfant ; c'est trop absolu. Sans doute, il ne faut pas le laisser discuter les ordres qu'il reçoit ; mais il est bon de lui donner des raisons et de lui apprendre à en trouver. Il importe surtout de lui enseigner à raisonner juste ; dans ce but, il est utile de lui faire connaître les principales règles de la logique et les sophismes les plus ordinaires. Les sciences surtout peuvent concourir au progrès de la faculté de raisonner : les mathématiques forment à la déduction rigoureuse et les sciences physiques à l'induction exacte. Il faut unir l'étude du concret à celle de l'abstrait, car la culture exclusive des mathématiques pourrait fausser l'esprit.

7° Raison : elle applique spontanément les principes ; mais elle n'arrive à prendre conscience d'elle-même qu'en étudiant l'origine des principes directeurs de la connaissance et en cherchant leur formule abstraite et générale.

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(215) l'éducation 415

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