ORIGINE ET DÉVELOPPEMENT
I. — Définition générale : c'est une tendance, acquise par la répétition, à conserver ou à reproduire avec une facilité croissante les états ou les actes antérieurs (^).
II. — Origine et cause : la cause de l'habitude est dans Vade même qui la commence. Le premier acte engendre une tendance à faire un second acte semblable. Si le premier acte ne modifiait pas l'activité et ne laissait en elle aucune disposition à le reproduire, le second serait comme s'il était le, premier et n'aurait pas plus d'efficacité. Le troisième serait comme le second et ainsi indéfiniment. On aurait beau répéter un acte maintes fois, aucune habitude ne se formerait. L'habitude est donc en germe dans le premier acte. La répétition ne la commence pas ; elle ne fait que la développer. C'est du reste un fait d'expérience que parfois un seul acte suffît à produire l'habitude.
III. — Conditions de l'origine : pour qu'un acte puisse créer une habitude, il faut :
1° Qu'il ne soit pas contre nature, c'est-à-dire contraire aux lois essentielles de l'être : vg. on n'habituera pas un animal à se passer de nourriture.
(M S. Thomas, Summa théologien, I" II"<', Q. 49 à 54. — Malebranche, De la recherche de la vérité, L. II, Cli- V. — Reid, Essais sur les facultés actives de r/io?7ime. Essai III, 1=^' P., Cil. III. Stewart, Philosophie de l'esjmthurnain, t. I, Chap. ii, p. 84 (trad. Peisse). — Maine de Biha?;, Influence de l'habitude sur la facuUé de penser. Fondements de la psychologie. — Darwix, Descendance de l'homme. — Guyau, Hérédité et éducation. — Ribot, L'hérédité. — L. Dumont, De l'habitude (Revue philosophique, t. I). — A. Lemoine, L'habitude et l'instinct. — Ravaisson, De l'habitude (Réimpression dans la Revue de Métaphysique et de Morale, 1894). — J. Simon, Le Devoir, 1" P., Chap. m. — Rabier, Psychologie, Chap. Lix. — V. Eggeb, De l'habitude, Revue des cours et conférences, Dec. 1900.
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20 Qu'il ne dépasse pas certaines limites fixées par la nature, car elle ne plie pas, mais se brise : vg. au delà d'une certaine mesure, l'alcoolique ne peut plus boire.
Les habitudes peuvent donc être aussi variées que les actes : tout fait de conscience laisse en nous une tendance à le reproduire de nouveau. C'est pourquoi les habitudes sont innombrables, mais plus ou moins développées.
IV. — Conditions de développement : le degré de l'habitude dépend de quatre conditions, dont les trois premières sont positives, et la quatrième négative : 1» Le nombre — 2° la durée — 3^ l'intensité des états ou des actes antérieurs. L'âme est d'autant plus portée à reproduire ou à conserver une manière d'être que cette manière d'être a été plus fréquente, plus durable et plus intense, chaque fois qu'elle s'est produite. La tendance à la répétition sera plus grande si l'acte ou l'état, qui lui a donné naissance, a été fréquent, s'il est resté longtemps dans la conscience, ^''WV a fortement saisie.
40 L'intervalle entre les actes habituels ne doit pas être trop grand : un intervalle est nécessaire, car l'homme a besoin de se reposer d'un acte par un autre, et un acte trop prolongé contrarie plus qu'il ne favorise le développement de l'habitude, parce que tout ce qui est excessif fatigue et use. Mais si la durée des intervalles entre les actes habituels est trop longue, la tendance à la répétition diminue. C'est donc un intervalle moyen qui facilite l'accroissement de l'habitude.