LES SIGNES
e) D'analogie : vg. la balance et la justice. Le symbolisme (^) est fondé sur des rapports d'analogie.
On peut envisager le signe au :
A) Point de vue objectif : la signification est une conséquence de la solidarité harmonieuse qui unit tous les êtres de l'univers. Les phénomènes de la nature se signifient les uns les autres. « La nature est un livre, dit Goethe {^), qui contient des révélations prodigieuses, immenses; toute chose est écrite quelque part, il s'agit seulement de la trouver. » L'ensemble de la nature forme un vaste symbole. Pour une intelligence pénétrante tout est significatif ; pour le vulgaire tout paraît insignifiant. Il y a des rapports non seulement entre les phénomènes sensibles, mais encore entre le monde matériel et le monde moral, entre le monde visible et le monde inteUigible (^). Thomassin a dit avec profondeur que la créature est une parole de Dieu, mais une parole fixe, stable, qui ne passe pas comme un son traversant les airs (■*). Goethe semble faire écho quand il dit de son côté : « Les œuvres de la nature sont toujours comme une parole de Dieu fraîchement exprimée. « C'est au poète, au savant, au philosophe qu'il appartient d'interpréter ce magnifique symboUsme, ces signes que Dieu fait aux hommes.
B) Point de vue subjectif : c'est un cas particuUer de V association des idées et du raisonnement. Les idées de deux objets étant contiguës dans la conscience, et l'esprit remarquant entre eux un certain rapport, l'un des objets devient signe de l'autre. A cause de cette liaison, la raison peut conclure de l'existence du signe à l'existence de la chose signifiée : un signe ne suggère pas seulement l'idée d'un objet, il en est la preuve.
III. — Espèces : on distingue les signes : A) D'après les sens auxquels ils s'adressent, en signes : 1° Visibles : vg. jeux de physionomie, attitudes, gestes. 20 Auditifs : a) Les uns sont inarticulés ; ils expriment les émotions : vg. exclamations : ah ! oh !...
(') Landriot, Le symbolisme. — De la Bouillerie, Le symbolisme de la nature. — De MoNTALEMBERT, Sainte Elisabeth, Introduction.
(*) Cité par Landriot, Op. cit., Introd., p. 3.
(') « Il est incontestable que les objets matériels et inanimés nous présentent et nous rappellent des idées morales par leur forme, leur disposition, par tous les accidents de leur apparence extérieure...» Alfred Tonnelle, Fragments sur l'art et la philosophie. p.l29,3'Ed. — Cf. Ozanam, Dante et la philosophie catholique au XIII<' siècle, I« P., ch. iv, p. 122-125. G. LoNGHAYE, Théorie des Belles-Lettres, L. II, ch. iv, § 2, 3» édit.
(*) De Deo, L. III, ch. ix, n. 2. Parlant du monde inteUigible et du monde sensible, Thomassin dit encore : <■ Rien n'est tracé dans le premier qui ne soit exprimé dans le second ; et tout ce qui est déroulé dans le second est enveloppé à l'état idéal dans le premier. Nihil ibi impressum quod non hic expressum ; nihil hic explicatum quod non ibi complicatum. » (Ibid., L. V, ch. xv, n. 1).