PRODUCTION ET INTELLIGENCE DES SIGNES
A) Conventionnels : c'est la volonté qui les crée hbrement. On les comprend quand on connaît la convention.
B) Naturels et expressifs : L — École écossaise : Les Écossais {^), puis JouFFROY et Garnier (2) supposent deux facultés spéciales : l'une pour les produire, faculté expressive ; l'autre pour les comprendre, faculté d'interprétation.
Critique : 1° Les signes naturels ont leur cause dans l'union de l'âme et du corps. C'est en vertu des rapports du physique et du moral que vg. le phénomène physiologique de l'épanouissement du visage accompagne le phénomène psychologique de la joie.
2° Pour V intelligence de ces signes, il n'est pas non plus nécessaire de recourir à une faculté spéciale ; tout peut s'expliquer par l'association des idées et la réflexion.
Considérons en effet l'enfant. S'il vient à souffrir, il exprime spontanément sa souffrance par des cris ou des larmes. Ces larmes et ces cris ne sont pas d'abord pour lui significatifs ; il crie et il pleure parce qu'il souffre et non parce qu'il veut manifester sa souffrance. Mais l'enfant associe naturellement les cris et les larmes à la douleur qui les provoque.
(M Reid, Essais sur les facultés intellectuelles, Essai VI, ch. v, t. v, p. 118. — Dugald Ste- WART, Philosophie de l'esprit humain, T. III (trad. Peisse).
(«) Garnier, Traité des facultés de l'âme, L. III, ch. i § 3, p. 68-69.
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et cette association se fortifie en se répétant. Dès lors, quand il entendra lies cris et verra les larmes des autres personnes, il comprendra, en vertu 'de l'association des idées jointe à la réflexion, que ces personnes res- ' sentent quelque souffrance. Il n'est donc pas vrai que les signes naturels soient compris instinctivement par tous les hommes sans apprentissage antérieur. Mais l'expérience requise pour l'intelligence des signes expressifs est facile et précoce ; l'enfant l'acquiert dès les premiers temps (^).
IL — École évolutionniste : !« Production des signes : les signes des émotions sont d'abord les effets mêmes qu'elles produisent dans l'organisme, effets qui résultent naturellement de l'union de l'âme et du corps.
De plus, d'après les observations de Charles Bell et de Gra- TiOLET (2), que Darwin a utilisées, les parties de l'organisme, qui servent à l'expression des émotions, servent aussi et d'abord aux fonctions de la vie. Le signe d'une émotion est donc une action commencée, l'action qui est nécessaire pour éviter ou pour prolonger cette émotion, selon qu'elle est agréable ou pénible : vg. « si la fureur se traduit par un rictus qui rétracte les lèvres en découvrant les dents, c'est que c'est le mouvement même par lequel l'animal s'apprête à saisir et à déchirer avec les dents. » Les signes des émotions sont donc, en second lieu, des actions ou moyens primitivement employés par l'instinct pour les satisfaire : ces actions spontanées restent associées aux émotions, même quand elles ont cessé d'être utiles à leur satisfaction.
Darwin {^) s'est efforcé d'exphquer l'expression des émotions par trois principes : a) Principe de Vaction directe du système nerveux sur l'organisme. — b) Principe de V association des habitudes utiles. — c) Principe de V antithèse.
H. Spencer (*) conteste ce dernier principe et se contente de deux lois principales qui se ramènent aux deux premiers principes de Darwin : a) Loi de Vexcitation diffuse. — b) Loi de V excitation restreinte.
2^ Interprétation des signes : l'École écossaise admet qu'un instinct nous révèle dès l'origine le sens des signes naturels. L'École évolutionniste soutient une doctrine analogue : les émotions et leurs signes ont été si souvent associés dans l'expérience de nos ascendants qu'ils nous ont légué une tendance héréditaire à ressentir certaines émotions et à les deviner chez les autres au seul aspect des signes qui les accompagnent. L'interprétation naturelle des signes s'exphquerait donc par un phénomène de sympathie, soit innée (Écossais), soit héréditaire (Évolution-