B. — RÉVÉLATION DIVINE
I. — Exposé : la théorie imaginée par de Bonald a été suivie par J. DE jNIaistre (^), F. DE Lamennais (■*) et toute l'École traditionahste (^). Pour bien saisir le système du vicomte de Bonald, on doit se rappeler que le problème du langage n'est pas à ses yeux un problème particuUer, mais le problème philosophique en général. Ce philosophe cherche, en effet, un fait primitif qui serve de fondement inébranlable aux grandes vérités métaphysiques et morales. Ce fait, ce fondement, il croit l'avoir trouvé dans le don du langage accordé par Dieu à nos premiers parents. « Le langage a été divinement inspiré à l'homme, de sorte qu'il a eu des paroles aussitôt que des pensées et des pensées aussitôt que des paroles. » C'est cette inspiration qui fit « apparaître à la lumière de la conscience » les vérités latentes contenues dans l'esprit, comme l'existence de Dieu, l'immortalité de l'àme, l'existence de la loi morale, etc. Si la parole est un don de Dieu, elle suppose un commerce primitif de Dieu avec l'homme. Donc Dieu existe ; donc les idées, que la parole de Dieu a éveillées dans l'àme de nos premiers parents, sont divines et conséquemment absolument certaines, comme cette parole même. Le fondement de la certitude est donc pour nous dans la tradition
(M Épicube, apud Diogen. Laerl., L. X, n. 75. (•) Lucrèce, De natura rerum, L. V, v. 1040-1055. (') Soirées de Saint-Pétersbourg, 11° Entretien. (*) Essai sur V indifférence en matière de religion, ch. XV.
(') Bo:<NETTY, Annales de philosophie chrétienne, i^ série. — J. Ventura, De methodo philosophandi. Part. I, § 146, p. 320-321, Rome, 1828.