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ORIGINE DU LANGAGE : CONCLUSION

philologiques a été de ramener les solutions contraires, relatives à l'origine du langage, à une solution conciliatrice. Dans l'antiquité on rencontre deux théories : (PCtzi xà 6vo|j.aTa r, ôéasi. D'après les uns, les mots sont d'origine naturelle (^) (cpu^jEt) ; ils imitent et signifient la nature des choses. D'après les autres, les mots sont d'invention artificielle (Oicv.) et partant ne signifient pas l'essence des choses. Ces deux solutions ont une part de vérité : il est vrai que les mots, à l'origine, résultant de l'élaboration du langage naturel (interjections, onomatopées), exprimaient dans une certaine mesure les qualités des objets. Il est vrai, d'autre part, que les langues n'ont pu se développer et s'enrichir que par le travail de la réflexion.

Dans les temps modernes, le problème a été posé autrement ; en recherchant si la parole est naturelle ou conventionnelle, on se demande : Peut-on penser sans le secours du langage, et, conséquemment, le langage a-t-il pu être créé par la pensée ? A cette question deux réponses contradictoires ont été faites d'abord : le langage est une révélation divine, le langage est une institution humaine. On rejette aujourd'hui comme inadmissible l'hypothèse que la parole est le résultat artificiel d'un contrat et d'une convention. C'est un produit naturel, une œuvre de la spontanéité humaine, perfectionnée par une élaboration volontaire, plus ou moins réfléchie. On voit maintenant dans quel sens et dans quelle mesure les langues sont tout ensemble naturelles et artificielles.

Elles se sont développées comme un organisme vivant, sous l'action collective et variée des différentes races. C'est pourquoi, par certains côtés, la science du langage se ramène aux sciences de la nature (^). Les mots naissent, grandissent, se transforment et disparaissent (3), non pas selon le bon plaisir individuel, mais d'après des lois qui sont fondées sur la constitution physiologique et mentale de l'homme. Cependant il ne faut pas oubher qu'il n'y a là qu'une comparaison et une métaphore. On peut dire que le langage est un organisme pour montrer l'un de ses aspects. Les sons, qui relèvent des organes et de la physiologie, sont la moindre partie du langage; ce sont des moyens, car le langage est avant tout l'expression de Vâme par des sons articulés.

(') ÉpicuHE, exagérant le caractère naturel du langage, disait que «l'homme parle aussi naturellement que le chien aboie ».

(2) Max Muller, La science du langage. Leçon I=. Cf. Schleicher, Compendium de la grammaire comparative des langues indo-germaniques. Il exagère la comparaison tirée de l'organisme : d'une simple analogie, il fait une identité. M. Bréal proteste contre cette assimilation ;<< Dire que le langage est un organisme, c'est obscurcir les choses et jeter dans les esprits une semence d'erreurs ».

(') Whitney, La vie du langage. — Darmesteter, La vie des mots.

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