A. — INFLUENCE DE LA PENSÉE SUR LE LANGAGE
La pensée est antérieure au langage : a) En effet, avant de faire volontairement un signe, il faut avoir quelque chose à signifier. — b) Ce qui le prouve encore, c'est que l'on peut penser sans le secours des mots : les enfants, les sourds-muets pensent avant de parler (231). C'est donc la pensée qui préside à la formation du langage, dans lequel on distingue le vocabulaire qui en est la matière, et la syntaxe qui en est la forme.
I. — Vocabulaire : sans la pensée les mots ne sont plus que des sons vides de sens. C'est elle qui leur donne leur signification, l'étend ou la restreint ; c'est elle encore qui crée des mots nouveaux pour rendre des idées nouvelles. On parle parfois de la vie des mots ; c'est une métaphore, car la vie est dans la pensée que les mots reflètent.
II. • — Ssmtaxe : la syntaxe des langues subit, comme leur vocabulaire, l'influence de la pensée. Les lois de la grammaire en effet ne sont que l'expression des lois de la pensée : c'est la logique du langage. Leur application, pour être correcte, exige toujours une certaine attention de l'esprit. C'est un fait que les langues suivent, dans leurs transformations, l'évolution des peuples qui les parlent : elles se perfectionnent ou se corrompent selon le progrès ou la décadence intellectuelle.