‹ Traité de philosophieChapitre 486 sur 921 · I. — Au point de vue psychologique, en langues · texte numérisé non relu

I. — Au point de vue psychologique, en langues

A) Synthétiques : langues qui tendent à exprimer plusieurs idées par un seul mot : vg. Xu — ô — -r^ — a — o — '/.on. Racine )vu = idée de délier ; [aw = désinence personnelle ; <^ = idée de futur en général ; Y) = passif ; 9 = futur premier ; o = voyelle modale de l'indicatif.

B) Analytiques : celles qui tendent à exprimer chaque idée par un mot distinct : vg. je serai délié. C'est le besoin de clarté qui a transformé les langues synthétiques en analytiques, où les pronoms {je défierai. Cf. Xudw), les prépositions (à Dieu, Cf. Deo), les auxifiaires {être, avoir : je serai, j'aurai délié) servent à marquer les rapports grammaticaux. Dans les langues analytiques, à cause de l'absence de désinences, l'ordre des mots est soumis à des lois rigoureuses ; les inversions sont rares. Ainsi, en latin, sans changer le sens, on peut dire indifféremment : Petrus verherat Paulum, ou Paulum verberat Petr'us, tandis qu'en français l'inversion est impossible.

Loi d'évolution : l'évolution du langage correspond à celle de la pensée. La pensée est d'abord synthétique. Ses divers éléments ne se distinguent que peu à peu ; c'est phis tard, par la réflexion, qu'elle devient analytique (67), Les langues sont régies par la même loi : d'abord synthétiques, elles deviennent de plus en plus analytiques.

1° Explication de cette loi : la pensée tendant de plus en plus à la netteté et à l'analyse, les langues sont amenées à marquer les rapports I grammaticaux par des mots distincts.

2° Preuves de cette loi : On peut la prouver en alléguant :

(M Taine, L'ancien régime, 1. IV, ch. m, § 5, à la fin.

(^) Le Play montre fort bien le danger de ces grands mots. Cf. La réforme sociale, ch. lxii, § 11. L'organisation du travail, § 56-60.

(=> G. LoNGHAYE, Théorie des Belles-Lettres, L. III, ch. ii. § 2.

a) Qu'on est passé du langage naturel, qui est synthétique, au langage artificiel, qui est analytique (229, § E ; 228, § B).'

b) Qu'à des langues flexionnelles synthétiques, comme le latin, ont succédé les langues romanes (vg. français, etc.), dérivées du latin, où l'usage des prépositions a remplacé les déclinaisons (vg. rosœ, de la rose, à la rose) (^).

Remarques : 1° Il faut d'ailleurs noter que chaque langue conserve toujours cependant une tendance synthétique, qui contrebalance l'effet de la tendance analytique ; la première répond au besoin de simphcité ; la seconde au besoin de clarté. Or ces deux besoins de l'esprit humain sont indestructibles. La langue la plus parfaite sera celle qui saura les satisfaire dans une juste mesure.

2» Ces appellations « analytique », « synthétique » sont relatives : vg. le grec est une langue synthétique par rapport aux langues modernes de l'Europe, mais elle est analytique par rapport au sanscrit.

II. — Au point de vue morphologique: d'après l'état de la racine et la nature des formes ([J^opcpiq) grammaticales, on peut les classer en trois groupes. On distingue alors les langues en :

A) Isolantes ou monosyllabiques : vg. chinois, annamite, siamois, birman, thibétain. Les mots sont des monosyllabes juxtaposés ; les rapports grammaticaux sont indiqués par la position relative des mots : vg. en chinois : i (avec) kien (l'épée) ; Cf. en latin : {ense {^).

B) Agglutinantes : la racine reste invariable ; les rapports sont indiqués par des mots ou particules collés à la racine : vg. turc, finnois, hongrois, japonais, cafre, langues des tribus américaines. En turc, vg. Racine sev. = idée d'amour ; mek = idée d'infinitif présent : d'oîi sevmek = aimer ; — er = idée de participe présent, d'où : sever — aimant ; — im — je, d'où severim — aimant je = j'aime (^).

C) Flexionnelles : la racine se modifie et les rapports sont indiqués par des désinences. La terminaison s'infléchit pour rendre les diverses modifications de l'idée principale exprimée par la racine : vg. langues sémitiques et langues aryennes. En latin : vg. amavero.

N. B. — Jusqu'à présent la théorie dominante c'est que les idiomes aryens seraient successivement passés par les trois périodes : monosyllabique, etc.. Sayce l'a attaquée (■*).

(') Voir, en tête du Dictionnaire général de la langue française par A. Hatzfeld, A. Dar- MESTETER et A. THOMAS, un Traité de la formation de la langue. — V. Henry, Antinomies linguistiques. — F. Brunot, Histoire de la langue française, des origines à 1900.

(*) Max Muller, Leçons sur la science du langage, p. 135, note de M. Julien.

(') Max MiJLLER, Leçons sur ta science du langage, l. VIII, p. 369 et s.

(*) Sayce, Ptincipes de philologie comparée. — Cf. Van den Gheyn, Essais de mythologie et de philologie comparées. *

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