C. — THÉORIE DE UÉCOLE ÉCOSSAISE
Cette École considère les facultés comme des puissances autonomes, réellement distinctes de l'âme, ayant chacune leur vie propre. Elles se distinguent et des phénomènes dont elles sont causes et de l'âme qui en est le fond commun, la substance.
L'École écossaise appuie sa théorie sur des analogies tirées des sciences : la physique ne connaît que des phénomènes, mais de ces phénomènes elle remonte à leurs causes cachées, qui sont les « propriétés de la matière », et elle admet autant de sortes de propriétés qu'il y a de sortes de phénomènes. La physiologie explique également les phénomènes organiques en les rapportant aux « fonctions de la vie ». La psychologie fait de même : après avoir observé les faits de conscience, elle les rapporte naturellement à leurs causes, les facultés de l'âme, différentes comme les phénomènes divers qu'elles produisent, car des phénomènes opposés supposent des causes distinctes.
Critique : Verreur de cette école est de s'imaginer que l'âme est réellement divisée en plusieurs activités distinctes, dont chacune forme comme un petit agent séparé et indépendant. Cette théorie soulève plusieurs difficultés et présente des inconvénients :
10 C'est une explication artificielle : parce que nous éprouvons des sensations et des sentiments, dire que nous avons la faculté de sentir, n'est-ce pas dire : parce que le pavot fait dormir il a une vertu dormitive ? La véritable explication consiste à résoudre les faits en leurs éléments et à montrer comment ces éléments, en s'associant d'après leurs lois, produisent les faits.
2» Elle brise Vanité de V esprit, en introduisant une complication factice : dans chacune des facultés principales, l'école écossaise distingue encore des facultés secondaires, chacune d'elles ayant une réalité à part. L'unité de l'esprit disparait au sein de cette complexité. L'hypothèse de facultés réellement distinctes empêche de voir les ressemblances
(M ...Ratio [qua probetur distinctio realis inter potentiam activam et substantiam] a priori [h. e. ex rerum natura] difficile redditur ; quanquam D. Thomas plures probabiles afferat, quas Scotus et alii multis argumentis impugnant ; Cajetanus vero post Capreolura fuse et copiose satis défendit. Sed id et operosum et inutile esse existimo, quia rêvera illaBf non sunt demonstrationes, neque est cur a prudenti philosophe in re tam abdita expetantur. (SuAREZ, Disputaiiones Metaphysicas, Disp. XVIII, Sect. III, § 18.)
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profondes des faits, leur solidarité et leur continuité. Cet inconvénient apparaît vg. dans l'étude de la mémoire, de l'association et de l'habitude, dont la théorie écossaise fait trois facultés séparées.
3*^ Les analogies alléguées n'existent pas : vg. la physique n'a pas pour but la détermination des propriétés des corps. En rapportant les faits à dos propriétés, elle ne prétend pas déterminer quoi que ce soit au delà des faits ; les propriétés ne sont pour elles que des catégories utiles pour grouper les phénomènes. Le véritable objet de ses recherches, ce sont les lois qui régissent les phénomènes. La science ne s'occupe pas de savoir si, au delà des phénomènes, il existe des réalités substantielles. qui en soient les causes. Elle ne quitte pas le terrain des faits et, pour elle, la cause d'un phénomène est un autre phénomène, dont la présence est la condition nécessaire et suffisatite pour que le premier soit. Par suite, si la psychologie veut suivre l'exemple des autres sciences, elle doit s'interdire la recherche des causes en dehors des faits. — De plus, la physique moderne revient au point de vue cartésien et cherche à expliquer tous les phénornènes par un même phénomène fondamental, le mouvement ; elle ne distingue donc plus dans les divers phénomènes des classes irréductibles. De ce chef encore, la psychologie ne peut se modeler sur elle.