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RÊVE ET RÉALITÉ

I. — Objection : les partisans de Fidéalisme objectent, contre la réalité du monde extérieur, l'impossibilité de trouver un critérium entre la veille et le sommeil. Leibniz n'a-t-il pas dit que les « perceptions externes sont des rêves bien liés ? )\ C'est une des raisons que Descartes (^) fait valoir pour fonder son doute méthodique : « Considérant que toutes les mêmes pensées que nous avons étant éveillés nous peuvent aussi venir quand nous dormons, sans qu'il y en ait aucune pour lors qui soit vraie, je me résolus de feindre que toutes les choses qui m'étaient jamais entrées en l'esprit n'étaient non plus vraies que les illusions de mes songes ». Ce n'était pour Descartes qu'une fiction. Mais, d'après les Sceptiques, rien ne prouve que la réalité soit autre chose qu'un rêve bien lié, car nous prenons les illusions des rêves pour des objets réels. Cette prétention n'est pas fondée.

II. ^ — Réponse : 1° Les Sceptiques raisonnent ainsi : le rêve et la réalité se ressemblent ; il n'y a entre eux qu'une différence de degré ; donc la réalité n'est qu'un rêve. On peut rétorquer l'argument et dire : la réalité et le rêve se ressemblent ; donc le rêve est une réalité (^).

20 L'incohérence des idées est la caractéristique du rêve ; la cohérence est la marque distinctive de la réalité. C'est la réponse qu'on donne habituellement ; elle n'est pas suffisante, car il arrive parfois que, dans le sommeil, on raisonne avec suite et logique. C'est la distinction apportée par Descartes lui-même dans ses Méditations (^). Mais sa propre expérience aurait dû le convaincre de l'insuffisance de ce critérium : « Descartes eut trois songes mystérieux, et dans le troisième il fît l'interprétation des deux autres. Il s'aperçut un moment qu'il passait de l'état de songe à l'état de veille, quoiqu'il continuât à s'occuper des mêmes idées. Il aurait dû se rappeler cette expérience personnelle lorsque, plus tard, cherchant à étabhr la certitude de la perception matérielle, il prétendit que l'esprit ne distinguait entre l'état de veille et l'état de rêve que par le plus ou moins de régularité des idées ■>■> C*). Cette régularité plus ou moins grande des idées n'est donc pas une caractéristique universelle. Il doit y avoir d'autres critères, car un rêve, où les idées sont enchaînées logiquement, ne sera pas confondu par nous avec une perception, pas plus qu'une série de perceptions sans liaison ne sera confondue avec un rêve. Voici des différences plus décisives :

(') Descartes, Disœurs de la méthode, IV* P. — Cf. Pascal, Pensées, Art. VIII, 1 ; III,

(') C. MÉLiNAND, Le rêve et la réalité. Revue des Deux Mondes, 15 janv. 1898, p. 424 et s.

(') Sixième méditation, n. 23, t. I, p. 177 (Édit. A. Garnier).

(*) A. Garnier, Œuvres philosophiques de Descaries, Notice biographique, p. XIII.

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