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L'EXTASE

L'hystérie est un affolement chronique du système nerveux ; les grandes crises, qui en sont la forme aiguë, sont assimilées par certains savants aux extases que l'on rencontre dans la vie des saints (^). Ils distinguent trois périodes dans l'attaque hystérique : 1*^ la période tétanique, où les membres se raidissent et les yeux se convulsent ; — 2° la période des grands mouvemefits ou convulsionnaire ; — 3° la période des hallucinations. C'est entre cette troisième période et l'extase miraculeuse qu'on prétend établir un rapprochement. L'extase des mystiques est un état surnaturel, dans lequel l'âme, absorbée par la contemplation et l'amour des choses divines, suspend les effets de sa vie sensible et extérieure.

Il faut distinguer, dans l'extase, le côté intérieur, ce qui se passe dans l'âme, et le côté extérieur, les conséquences physiologiques dont elle est accompagnée. Au dedans, c'est l'activité très intense des facultés supé-

(M Le D''Bernheim, dans son livreDe la sug gestion el de ses applications à la thérapeutique, décrit les guérisons qu^il a obtenues par ce moyen. Il en cherche l'explication dans l'action de l'imagination sur le système nerveux et, par lui, sur tous les organes. Aussi affirme-t-il que cette thérapeutique est incapable de reconstituer les tissus endommagés. L'éminent praticien a raison de limiter ainsi l'influence curalive de l'imagination ; mais il sort de son domaine et tombe dans l'erreur en assimilant ces cures hypnotiques à certaines guérisons regardées comme miraculeuses par l'Église. En effet, un siècle avant le D' Bernheim, Benoît XIV, dans son ouvrage De bealificatione sanclorum (L. IV, U^ P., oh. xxxiii), traitant du pouvoir de l'imagination, le circonscrit dans les mêmes limites. C'est pourquoi aucune des cures indiquées par le D'' Bernheim ne serait considérée comme extranaturelle, au témoignage même de Benoît XIV. Cf. G. Sortais, La Providence, etc.. p. 105.

(*) Lehmkulk, Theologia moralis, T. I, n. 502, Ed. 1910. — Lettre encyclique de la Congrégation du Saint Office à tous les évêques, 30 juillet 1856. Cf. apud Méric, Le merveilleux et la science, L. I, ch. v (fin).

(') J. DE BoNNiOT, Le miracle et ses contrefaçons, 2^ P., ch. vu. Le mirade el les sciences médicales, L. II. ch. m. — Ribet, La mystique divine, T. II, Sect. m, Ch. xxiT sqq.

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rieures, l'intelligence et la volonté, mises en présence du divin. Au dehors, c'est la suspension plus ou moins complète des phénomènes de la vie végétative : l'extatique ne voit plus, n'entend plus, ne sent plus ; les fonctions de la respiration et de. la circulation du sang sont plus ou moins ralenties. Ces effets extérieurs sont la conséquence de ce qui se passe à l'intérieur : la vie extraordinaire des facultés supérieures absorbe toute l'activité de l'âme, qui ne peut plus suffire aux fonctions organiques (^). Ce sont ces eiïets extérieurs que les médecins ont voulu comparer à l'extase hystérique.

Entre l'extase divine et l'extase hystérique il y a ce point de ressemblance : l'insensibilité corporelle. Mais : a) Jamais les théologiens n'ont rangé cette anesthésie parmi les miracles ; c'est une conséquence naturelle de la surexcitation des puissances de l'âme. — b) La cause de l'extase divine est l'activité extraordinaire et admirablement réglée que Dieu communique à l'intelhgence et à la volonté. La cause de l'extase hystérique c'est l'état maladif de l'organisme, d'où résulte, avec la suppression de l'activité raisonnable et volontaire, l'exaltation désordonnée de l'imagination en déhre. Il y a donc opposition complète : les eiïets extérieurs (insensibihté, immobilité) qu'on rapproche sont causés, dans un cas, par l'activité puissante et ordonnée de l'âme ; dans l'autre, par l'impuissance de l'organisme atteint de maladie nerveuse (^). Aussi les caractères même extérieurs des deux états sont différents. L'extase maladive est précédée de catalepsie et de convulsions, et elle est souvent suivie de délire. Rien de pareil dans l'extase mystique.

Si l'on fait la psychologie des hystériques en proie à des extases morbides et celle des saints que Dieu a favorisés d'extases surnaturelles, l'opposition est absolue. L'hystérie, a dit le D'" Richet, c'est « l'impuissance de la volonté à refréner les passions ». Effervescence de l'imagination, mobilité incessante des désirs et des sentiments, besoin instinctif de mentir, incapacité de réfléchir et de juger, obstination et caprice, égoïsme et souci d'attirer l'attention, etc., tel est l'état mental de l'hystérique (^). La physionomie des saints (^) est faite de traits diamétralement opposés : on peut les résumer d'un mot : ils ont pratiqué toutes les

(M SuAREZ, De Religione, Traité iv, L. II, ch. xv, n. 5.

(») Les médecins rationalistes ont donc tort de faire consister l'extase mystique dans ces phénomènes extérieurs, qui ne sont que les signes naturels et les effets ordinaires de la véritable extase qui reste cachée dans le sanctuaire de l'âme. C'est un autre tort d'appeler extase la manifestation extérieure des crises hystériques. La comparaison manque donc de fondement et cloche des deux pieds.

(') J. DE BoKMOT, Le miracle et ses contrefaçons, 2« P., ch. vu, 2« section. Cf. Appendice II. — Le miracle et les sciences médicales, L. II.

•) H. JoLY, Psychologie des Saints. — A. Poulain. Des grâces d'oraison, ch. xxxi. — MÉRic, L'imagination et les prodiges. — E. Boutroux, La Psychologie du mysticisme, dans Revue bleue, 15 mars 1902.

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vertus à un degré héroïque ; ce sont les héros de la volonté. Gomment donc supposer que parmi les saints canonisés il y ait des hystériques, c'est-àdire des malheureux atteints de la plus complète aboulie ? Ceci est la contradiction de cela.

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