VALEUR DE LA DÉDUCTION
On a dirigé contre la valeur de la déduction deux objections principales :
I. — Stérilité : le syllogisme est un procédé stérile : il est impuissant à découvrir des vérités nouvelles. En effet, la conclusion étant contenue dans la majeure, la conclusion est connue d'avance. Le raisonnement déductif aboutit donc à une tautologie, puisque la conclusion ne fait que répéter la majeure en tout ou en partie.
Réponse : 1° Les progrès des sciences exactes attestent la fécondité de la déduction. Si l'objection était fondée, il suffirait de connaître les axiomes, les postulats et les définitions géométriques pour connaître toute la géométrie.
2o Quand on dit que la majeure contient la conclusion, on entend qu'elle contient la raison pour laquelle la conclusion est vraie. Il ne s'agit donc pas d'une contenance explicite et formelle, car dans ce cas il suffirait de penser la majeure pour y lire la conclusion : ce serait une véritable tautologie (^). Mais il s'agit d'une contenance implicite et virtuelle. Dans ce cas, pour découvrir la conclusion dans la majeure et la rendre explicite, la majeure ne suffit pas : il faut recourir à la mineure qui montre si la raison indiquée dans la majeure convient au sujet de la conclusion. Soit l'exemple classique : Tous les hommes sont mortels, Or Socrate est homme, Donc Socrate est mortel. Si j'ignore ce qu'est Socrate, je ne saurai nullement qu'il est compris dans la majeure. Si j'apprends qu'il est homme (c'est la mineure), je verrai alors qu'il est compris dans la majeure et pourquoi, c'est-à-dire parce qu'il est homme.
30 Ce qui fait une partie de la force de l'objection, c'est la nature même de l'exemple choisi : on sait d'avance la conclusion. Mais, s'il y a au contraire doute ou ignorance, le raisonnement sert à lever ce doute ou cette ignorance. Qu'importe en effet qu'une vérité soit contenue dans une autre si je ne l'y vois pas ? Le raisonnement a précisément pour résultat de me faire voir qu'elle y est imphcitement contenue, et de m'en donner la raison. Cette raison c'est la haison essentielle et nécessaire, qui unit le grand et le petit terme et que le moyen terme met en pleine lumière.
II. — Pétition de principe : d'après S. Mill, le syllogisme ne peut rien prouver, puisqu'il est une pétition de principe, un cercle vicieux : « Quand on dit :
(M Kant montre bien la différence entre les jugements analytiques et les propositions purement tautologiques : « L'identité des notions dans des jugements analytiques peut être ou explicite ou implicite. Dans le premier cas les propositions sont tautologiques... Les propositions implicitement identiques ne sont point vaines ou sans conséquences, car elles développent par une explication le prédicat qui était implicitement compris dans la notion du sujet ». {Logique, Part. I, Ch. ii, § 37. Traduct. Tissot, p. 165-166, Paris, 186;.)