IV. — ANALYSE ET SYNTHÈSE EXPÉRIMENTALES
L'analyse et la synthèse, appliquées aux sciences concrètes^ opèrent sur des faits ou sur des êtres réels, qu'ils soient d'ailleurs spirituels ou
L'analyse géométrique des modernes est, au contraire, une régression par réductio>"; c'est une méthode rigoureuse parce que l'on ramène la prop.osée à une proposition vraie, dont elle dérive comme une conséquence vraie, puisque du vrai on ne peut déduire que le vrai. Elle a, de plus, ravantage de montrer comment la proposée découle de cette proposition vraie.
On peut représenter ces deux méthodes ainsi :
1 ° Ancienne : de la proposée A on déduit B, de B on déduit C, de C on déduit D reconnu comme vrai : donc A est vrai aussi.
2" Moderne : la proposée A se déduit de B, B se déduit de C, C se déduit de D reconnu comme vrai : donc A est vrai aussi. CL Duhamel, Op. cit., I"^ P., Ch. V. n. 24-30. (») Duhamel, Des Méthodes..., I" P., Ch. vi, n. 42.
{') « Ces deux méthodes [l'analyse et la synthèse] ne diffèrent que comme le chemin, qu'on fait en montant d'une vallée en une montagne, de celui qu'on fait en descendant de la montagne dans la vallée ; ou comme diffèrent les deux manières dont on peut se servir pour prouver qu'une pei'sonne descend de saint Louis, dont l'une est de montrer que cette personne a un tel pour père, qui était fils d'un tel, et celui-là d'un autre jusqu'à saint Louis [c'est l'analyse] ; et l'autre de commencer par saint Louis, et de montrer qu'il a eu tels enfants, et ces enfants d'autres, en descendant jusqu'à la personne dont il s'agit [ c'est la synthèse]. Et cet exemple est d'autant plus propre en cette rencontre qu'il est certain que pour trouver une généalogie inconnue, il faut remonter du fils au père, au lieu que pour l'expliquer, la manière la plus ordinaire est de commencer par le tronc pour en faire voir les descendants, qui est aussi ce qu'on fait d'ordinaire dans les sciences, où après s'être servi de l'analyse pour trouver quelque vérité, on se sert de l'autre méthode pour expliquer ce qu'on a trouvé. » (Port-Royal-, Logique, IV^, Ch. II).
matériels. C'est en ce sens surtout qu'on les prend depuis Condillac (^) et on les nomme méthodes chimiques (^), à cause du grand usage qu'en fait la chimie : ce sont alors des procédés de décomposition et de recomposition. Dans les sciences concrètes, qui étudient des réalités complexes et des faits qui se conditionnent les uns les autres, les rapports de la cause à l'effet, de la loi aux phénomènes y remplacent les rapports des princij)cs aux conséquences.
A) Analyse expérimentale : elle consiste à décomposer un tout en ses éléments. Cette décomposition se fait de deux façons :
1° Par division réelle des parties, s'il s'agit d'êtres matériels et de phénomènes sensibles, comme il arrive dans les sciences physiques et biologiques. Ainsi le chimiste résout l'eau en ses éléments, l'hydrogène et l'oxygène ; — le physicien décompose la couleur blanche en violet, indigo, bleu, vert, jaune, orange et rouge ; — le botaniste sépare les divers organes de la fleur (calice, corolle, étamines, pistil) pour en saisir les rapports de dépendance ; — - Vanatomiste dissèque le corps humain ou animal pour comprendre le fonctionnement des organes et leur mutuelle subordination ; — le linguistique décompose les langues en mots-racines pour se rendre compte de leur formation et de leur évolution.
2° Par division mentale, c'est-à-dire par abstraction^ quand il s'agit de substances immatérielles et de phénomènes suprasensibles, comme il arrive dans les sciences psychologiques et métaphysiques. Ainsi, le psychologue distingue dans l'âme des faits émotionnels, intellectuels et volitifs et les rattache à un principe sentant, pensant et voulant ; — • le sociologue analyse les institutions, les législations, les événements, etc., pour démêler les lois qui président à l'origine et au développement des sociétés ; — Vhistorien analyse les faits d'une époque pour en dégager les causes et les lois.
Remarque : il ressort de ce qui précède que l'analyse ne consiste pas seulement à diviser un tout en ses éléments, mais principalement à expliquer le tout par ses éléments, en faisant découvrir leurs relations mutuelles.
B) Synthèse expérimentale : elle consiste à composer un tout par la réunion de ses éléments. Cette composition se fait de deux façons :
1° Par réunion réelle : ainsi le chimiste avec de l'azote et de l'hydrogène fait de l'ammoniaque ; — le physicien recompose la lumière blanche en faisant converger tous les rayons du spectre sur un même point.
20 Par réunion mentale : ainsi le p5z/c/to/og»e refait un état de conscience
(') Logique, P. I, Ch. m. De l'AH de penser, P. I, Ch. IX, P. II. Ch. iv. Condillac fait consister l'analyse à démonter et à remonter une machine pour en reconnaître les rouages. C'est supprimer la synthèse et la faire rentrer clans l'analyse.
(-) Berthelot, La synthèse chimique.
en rapprochant un certain nombre de faits psychologiques ; — Vhistorien ressuscite le passé en coordonnant les. événements d'une époque ; — le naturaliste reconstitue idéalement les plantes et les animaux en rassem'blant les éléments organiques découverts par l'analyse.
Remarque : il faut noter que l'analyse et la synthèse sont nécessairement incomplètes dans les sciences biologiques, car l'analyse ne peut atteindre le principe vital qui est immatériel, et si la synthèse réussit à composer des substances organiques, elle ne peut reproduire V organisation et la vie, car il n'est pas au pouvoir du naturaliste de créer le principe vital qui organise et vivifie la plante et l'animal (Cf. Métaphysique spéciale, Ch. I, Art. III).