V. — RÉDUCTION A U UNITÉ
On peut ramener à l'unité ces deux espèces d'analyse et de synthèse. En effet, au sens géométrique, la caractéristique de la synthèse c'est d'être une marche progressive, car elle va, dans l'ordre logique, de ce qui est avant à ce qui est après, à savoir du principe à la conséquence, de la condition au conditionné. L'analyse, au contraire, suit une marche régressive ; c'est une solution à rebours, en remontant (àva), car elle part de la question proposée et s'efforce de la ramener à des principes connus d'où l'on puisse la faire dériver à titre de conséquence : elle va de ce qui est après pour remonter à ce qui est avant, c'est-à-dire de la conséquence au principe, du conditionné à la condition.
! Or on retrouve cette progression et cette régression dans la synthèse et l'analyse envisagées, au sens chimique, comme méthodes de composition et de décomposition.
En effet vg. quand le chimiste fait la synthèse de l'eau, il va des éléments (H, 0), qui sont causes à l'effet qui est l'eau. C'est une marche progressive, car, dans l'ordre réel, la cause est avant l'effet, la condition est avant le conditionné ; même marche quand le physicien compose la lumière blanche avec les rayons du spectre ; quand un naturaliste, comme CuviER, reconstitue un organisme disparu avec quelques débris retrouvés, etc.
Dans toute décomposition on retrouve aussi une marche régressive, analogue à celle que suit l'analyse mathématique, type des autres. L'analyse mathématique est une régression du conditionné à sa condition, puisqu'elle ramène la question posée à des principes évidents ou à des vérités déjà démontrées qui la conditionnent et d'où l'on peut la déduire. N'est-ce pas ainsi qu'on procède dans les autres sciences ? Le chimiste ramène le corps composé aux corps simples qui le conditionnent : vg. il va de l'eau qui est effet à ses éléments (H, 0) qui en sont la cause ; — le physicien ramène les faits aux lois ; — Vanatomiste ramène les organes
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aux cléments organiques ; — le psychulugue ramène les i'ails de conscience aux facultés-et aux lois psychologiques ; — le critique d'art ramène un tableau, un poème, un discours, aux idées élémentaires qui ont été le point de départ du peintre, du poète, de l'orateur, etc. Or cette réduction se fait toujours par régression, car aller des faits aux lois, des organes aux éléments, du composé au simple, c'est toujours aller de Vaprès à l'avant.
On pourrait ajouter enfin que, réciproquement, dans les sciences mathématiques, l'analyse et la synthèse sont des méthodes de décomposition et de composition, mais idéales, car on peut envisager les vérités abstraites comme des enscmblrs et des toiits logiques susceptibles d'être décomposés et recomposés. C'est, comme nous l'avons montré (51, § A), la manière de voir de Descartes, puisque, d'après lui, l'analyse part de notions obscures et confuses^ c'est-à-dire complexes, qu'elle explique en les rattachant à des notions claires et distinctes, c'est-à-dire simples, tandis que la synthèse procède inversement. « Toute science humaine consiste seulement à voir distinctement comment les natures simples concourent ensemble à la composition des autres choses (^). »