‹ Traité de philosophieChapitre 7 sur 921 · XXVI CHAPITRE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

XXVI CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

La relativité de la connaissance sensible, non seulement n'infirme pas la valeur de la croyance à l'objectivité du monde extérieur, mais elle implique la réalité de l'absolu. Herbert Spencer le reconnaît expressément : « ...Dans l'affirmation même que toute la connaissance proprement dite est relative, est impliquée l'affirmation qu'il existe un non-relatif... De la nécessité même de penser en relations il résulte que le relatif lui-même est inconcevable s'il n'est pas en relation avec un non-relatif réel... A moins d'admettre un non-relatif réel, le relatif lui-même devient absolu et accule l'argument à la contradiction... Il nous est impossible de nous défaire de la conscience d'une réalité [an. actiiality] cachée derrière les apparences, et... de cette impossibilité résulte notre indestructible croyance à cette réalité (^). »

Mais il y a une connaissance expérimentale autre que celle des phénomènes : c'est la connaissance intuitive et immédiate que l'esprit a de sa propre existence en tant qu'il est le sujet auquel se rapportent tous les phénomènes psychologiques. Quand l'esprit se saisit ainsi lui-même par la conscience, il saisit quelque chose d'existant en soi, d'absolu ; il saisit en même temps l'être et sa manière d'être, le moi sentant, pensant, voulant. Voilà donc, dans l'ordre des faits, au moins une réalité qui est connue telle qu'elle est {^) ; et, dans ce cas, toute erreur est impossible, car il y a identité entre le sujet connaissant et l'objet connu : l'élément représentatif et l'élément représenté ne font qu'un (■^).

cette absence d'adéquation complète ? Qu'on en juge par le passage suivant : » Dans la question qui nous occupe, Leibniz n'est nullement d'un avis contraire au nôtre : il admet en effet une certaine convenance et une ressemblance entre les choses... et leurs représentations. » En preuve est apportée cette. phrase extraite des Nouveaux essais sur l'entendement humain (1. II, c. viii) : « Je dirais plutôt qu'il y a une manière de ressemblance, non pas entière et pour ainsi dire in terminis, mais expressive, ou une manière de rapport d'ordre, comme une ellipse et même une parabole ou hyperbole ressemblent en quelque façon au cercle, dont elles sont la projection sur le plan, puisqu'il y a un certain rapport exact et naturel entre ce qui est projeté et la projection qui s'en fait, chaque point de l'un répondant, suivant une certaine relation, à chaque point de l'autre. » (Cf. M. de la Taille, dans la revue les Études, mai 1905, p. 351-353.)

(M H. Spencer, Les Premiers Principes, traduct. Gazelles, p. 85, Paris, 1890.

(') Sur ce point capital, M. P. Schwartzkoppf (Des Leben als Einzelleben und GesamIleben. Halle et Brème, 1903) donne tort à Kant. Voici comment .>[. Second résumela pensée de ce philosophe : 1 1ci l'expérience interne nous prouve le réel et nous donne la chose en soi. Car le sentiment {Gefiihl) est l'événement interne immédiat, et il ne se laisse pas ramener à la représentation ; les sentiments se déroulent en nous, enchaînés entre eux causalement ; et l'impossibilité de les réduire aux représentations nous interdit de voir dans leur enchaînement causal une simple application des lois du sujet pensant. Or ce déroulement a son unité ; et c'est d'un être qui sent, qui vit dans le temps et qui est cause active, que nous avons ainsi conscience immédiate. La chose en soi nous est donc donnée en nous-mêmes. » (Cf. Revue philosophique, 1 " févier 190i, p. 215-216.)

C) On objectera peut-être que l'observation de notre moi tombe sous cette loi de la relativité, du moment qu'il ne prend conscience de soi-même que dans sa rencontre avec le non-moi, car, dans ces conditions, le sujet ne s'apparaît à soi-même qu'en s'opposant à l'objet. — Nous répondons qu'il n'y tombe que pour unr, part seulement, parce que, si le moi se perçoit en s'opposant au non-moi, cette perception de soi est intuitive, directe, sans intermédiaire : dans ce cas, la réalité n'est pas seulement semblable à l'objet connu, mais elle s'identide avec lui.

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