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IV. — IMPORTANCE, AVANTAGES, ROLE

A) Rôle expérimental : l'h>T)otlièse dirige la recherche scientifique et prépare les découvertes : « Une idée anticipée ou hypothèse est le point de départ nécessaire de tout raisonnement expérimental. Sans cela... on ne pourrait qu'entasser des observations stériles l^). » Tant qu'un savant est sans idée directrice pour observer les phénomènes et expérimenter, il procède au hasard. Mais, dès qu'une hypothèse l'a mis sur la trace d'une cause probable, il a un fil conducteur pour le guider dans ses expériences, pour en déterminer le nombre et la nature. Ce rôle de l'hypothèse s'étend aux "diverses catégories de recherches scientifiques : tout théorème avant d'être démontré est une hypothèse dans l'esprit du géomètre ; toute loi de la nature est supposée avant d'être étabhe. Les intuitions des hypothèses sont comme des éclairs de génie : vg. Pascal (^) : l'ascension des hquides dans les corps de pompe varie avec la pression atmosphérique ; — Franklin ("*) : l'orage est produit par l'électricité des nuages ; — Pasteur (^) : les fermentations ont pour causes les germes flottant dans l'air ; — Cl. Bernard (^) : le foie sécrète du sucre.

Les hypothèses fausses elles-mêmes ont parfois l'avantage d'en suggérer d'autres plus voisines de Ja vérité. Les lois véritables n'ont souvent été découvertes que par l'élimination successive de lois imaginaires Ç) : vg. l'hypothèse des tourbillons de Descartes succéda à celle des forces occultes et l'hypothèse de la gravitation universelle de Newton

(') Laminne, Les qualre éléments.

(') Cl. Bernard, Inlroduction..., I" P. Ch. ii, § 2, p. 57.

(•) Pascal, Histoire des expériences du vide.

(•) Franklin, Expériences et observations sur l'électricité.

(') Pasteur, Mémoire sur la fermentation alcoolique ; Étude sur la bière. — M. Pasteur, Histoire d'un savant par un ignorant, pp. 113 sq.

(•) Cl. Bernard, Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux, T. I.

(') 0 Les théories légitimes, dit le P. Boscowich, sont généralement le résultat d'essais infructueux et d'erreurs qui ont mis sur la voie de leur propre correction ».

(66) l'hypothèse : ses dangers 657

à celle des tourbillons. Kepler, avant tlo s'arrêter à l'idée de Vellipse, essaya dix-neuf autres lignes imaginaires. Que de sottises ne dirionsnous pas aujourd'hui, si les anciens ne nous avaient pas devancés à l'égard d'un si grand nombre Q-) !

L'hypothèse, en dirigeant les recherches scientifiques, est le grand moteur de la méthode, ou, comme parle Cl. Bernard, « le primiiin mo('c?is de tout raisonnement scientifique (-) » . C'est là son rôle essentiel. L'hypothèse est donc un auxiliaire non seulement utile, mais nécessaire ; elle est une expHcation anticipée qui peut devenir définitive ou qui prépare l'explication définitive.

B) Rôle théorique : elle coordonne les résultats acquis. Groupant les faits dispersés, elle en rend la comparaison plus facile et le souvenir plus durable : c'est là son rôle accessoire. Ce rôle appartient éminemment aux hypothèses explicatives, puisqu'elles rendent compte des faits dans une certaine mesure et que la raison d'être des faits, leur loi, sérieusement probable, est le meilleur moyen de « colligation », en attendant la découverte définitive de la loi véritable. Mais, même une hypothèse fausse, une hypothèse simplement représentative^ peut avoir cet avantage de coordination et faciliter ainsi l'étude et l'exposition des faits : vg. en cosmographie, pour mieux saisir l'ordonnance du systèm.e solaire, on se place par l'imagination au centre du soleil ; — en physique, Ampère imagine un observateur la face tournée vers l'aiguille aimantée, de manière à ce que le courant lai entre par les pieds et sorte par la tête ; — en chimie, théorie atomique, etc. Dans ces cas, le rôle de l'hypothèse est analogue à celui des classifications artificielles.

Conclusion : Milne-Edw^ards résume ainsi les deux grands avantages de l'hypothèse : « Les hypothèses donnent à la science le mouvement et la forme; d'uzie part, elles guident et excitent les explorateurs dans la voie des découverte? ; d'autre part, elles servent de lien entre les faits, dont la réunion en un faisceau est une des conditions de leur emploi utile (^). » C'est dire qu'elle contribue aux progrès de la science : a) en provoquant de nouvelles recherches ; — ô) en étabhssant un ordre provisoire dans les phénomènes, car un ordre quelconque vaut mieux que le désordre absolu pour l'étude des phénomènes.

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