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B. — MÉTHODE DES COÏNCIDENCES CONSTANTES

I, — Exposé : le premier indice qui peut servir de preuve à la causalité, c'est la coïncidence entre un antécédent et un conséquent. Le vulgaire se contente d'une coïncidence pure et simple, sans tenir compte des cas défavorables. Pour le savant, la coïncidence doit être :

A) Constante : une seule non-coïncidence suffit pour annuler tous les cas favorables, puisque la cause c'est l'antécédent nécessairement lié au conséquent.

B) Multipliée : afin d'exclure rh^-pothèse du hasard. On dit que des faits arrivent par hasard quand les causes, qui les produisent, y concourent sans le savoir, sans le vouloir : vg. deux personnes se rencontrant sans s'être donné rendez-vous. Or des coïncidences répétées témoignent de quelque chose de prévu, de voulu, d'une loi.

C) Variée : la preuve acquiert son maximum de force si l'on constate, entre deux phénomènes, des coïncidences de présence, d'absence et surtout (/edegrésj c'est-à-dire si l'on constate qu'ils sont présents ensemble, absents ensemble et variant ensemble dans la même proportion.

II. — Raisonnement expérimental : pour procéder méthodiquement dans l'examen des expériences. Bacon conseille à l'expérimentateur de dresser des tables de comparution (^) :

\9 Table de présence : il y notera toutes les circonstances qui en se produisant amènent l'apparition du phénomène dont on cherche la cause.

2° Table d'absence : il y notera toutes les circonstances qui en disparaissant font disparaître le phénomène...

30 Table de degrés : il y notera toutes les circonstances qui croissent ou décroissent en proportion avec le phénomène...

Cette méthode des coïncidences constantes, multiples et variées repose sur ces conséquences immédiates du principe dé causalité : Posita causa, ponitur effectus ; ■ — Sublata causa, tollitur effectus ; — Variante causa, variatur effectus.

Les expériences faites et leur répartition achevée, on dépouille les trois tables pourtrouverun antécédent, qui soit toujours présent et absent quand le fait dont on cherche la cause est lui-même présent et absent, et qui croisse et décroisse avec lui. On éliminera successivement tous les antécédents qui ne remphssent pas ces conditions, jusqu'à ce qu'on en découvre un qui les réahse : cet antécédent sera la cause cherchée. « Alors seulement, en seconde instance, après les exclusions et rejets convenables, toutes les opinions volatiles s'étant dissipées en fumée,

C) Bacon, Novum organum, L. II, Aph. 11 sqq.

(67) l'interprétation de l'expérience 667

restera au fond du creuset l'affirmative véritable, solide et bien limitée (^). »

III. — Défauts de cette méthode : elle n'a pas une rigueur scientifique suffisante, parce qu'elle est :

A) Vague : elle ne détermine pas le nombre des cas nécessaires pour remplir suffisamment les tables et obtenir, après le dépouillement, des résultats décisifs. Rien ne prouve qu'un cas de plus ajouté n'annulerait pas les résultats indiqués. La preuve en effet repose sur leprincipe suivant : Des coïncidences constantes^ multiples et variées excluent l'hypothèse du hasard et supposent une loi de causahté. Ce principe est certain, mais imprécis. On ne saurait dire combien il faut de coïncidences pour écarter l'hypothèse du hasard, puisqu'il y a des coïncidences fortuites.

B) Longue par là même, car le saA^ant est obhgé de multiplier indéfiniment les cas afin d'augmenter la prohabilité de l'exclusion d'une coïncidence fortuite.

C) Incertaine : elle ne permet pas d'étabhr sûrement des lois de causalité. Deux phénomènes peuvent se succéder invariablement sans être unis par un hen de causalité, car la simultanéité constante de deux phénomènes peut avoir sa raison d'être, non dans un rapport nécessaire qui les unit, mais dans une dépendance commune à l'égard d'une cause supérieure, ou dans le fait que l'un est une circonstance constamment concomitante d'une condition nécessaire de l'autre. C'est ainsi que le clair de lune accompagne toujours la rosée, comme circonstance concomitante de la sérénité de l'atmosphère qui est une condition partielle de la rosée. La liaison entre le phénomène du clair de lune et le phénomène de la rosée n'est donc qu'accidentelle (^).

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