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C. — MÉTHODE DE COÏNCIDENCE SOLITAIRE

I. — Raison d'être : comment remédier aux lacunes de la méthode précédente, à son manque de rigueur et de précision ? La nature nous offre les faits antécédents et conséquents, enchevêtrés et confondus. De là vient la difficulté de savoir si une coïncidence, même constante^ répétée et variée., n'est pas fortuite, puisque l'antécédent et le conséquent, qu'on suppose être cause et effet, sont mêlés à une multidude d'autres phénomènes. Il faudrait pouvoir réaliser une coïncidence solitaire entre an antécédent et un conséquent. Là en effet où un seul antécédent reste sn présence d'un seul conséquent, on ne peut douter qu'il ne soit la 3ondition déterminante de ce dernier, parce que tout phénomène doit ivoir sa cause. Ce vide fait autour d'un antécédent unique et d'un

(') Bacon, Novum organum, L. II, Aph. 16.

C) Cf. Gr. Sortais, La Philosophie moderne depuis Bacon jusqu'à Leibniz, T. I, p. 352-382.

668 l'interprétation^ de l'expérience (67)

conséquent unique n'est pas effectivement réalisable ; mais on peut le réaliser idéalement par le moyen du raisonnement expérimental. Cette méthode ne tombe pas sous le coup des objections faites à la méthode des coïncidences constantes^ car elle est :

!« Déterminée : en eiïet la limite à atteindre est clairement fixée : arriver à la complète exclusion de tous les antécédents qui ne sont pas suivis de l'apparition du phénomène dont on cherche la cause et à la coïncidence solitaire d'un antécédent et d'un conséquent.

2° Courte par là même, car, au lieu d'accumuler les expériences, il suffit de trouver des cas qui permettent les exclusions requises.

3° Rigoureuse : en théorie du moins elle aboutit, non comme la méthode précédente, à une plus ou moins grande probabiUté, mais à la certitude. — Elle a pour conclusion non des lois de simple concomitance, mais des lois de causalité.

II. — Procédés de S. Mill : S. Mill {}) a imaginé quatre principaux moyens pratiques pour mettre en œuvre la méthode de coïncidence solitaire. Ce sont quatre modes de raisonnement expérimental.

1^) Méthode d'accord ou de concordance

A) Canon : lorsqu'une seule circonstance (A) est commune à tous les cas dans lesquels un phénomène (a) se produit, cette circonstance est la cause de ce phénomène. - — Le nerf de la preuve consiste non en ce que la coïncidence entre le fait (a) et la circonstance (A) est constante, mais en ce qu'elle est seule constante.

Premier cas : A j^ ^ 1^ : a Deuxième cas : A I^ V ^ : a

B) Exemple (-) : on a découvert par cette méthode la cause de la sensation de son. On a recueilh beaucoup de cas où notre ouïe perçoit un son : vg. son produit par une cloche, une corde, un tambour, un clairon, la voix humaine, etc. On a constaté que tous ces cas, si différents, s'accordent en un seul point qui est la présence d'une vibration du corps sonore, propagée jusqu'à l'organe auditif : c'est la cause cherchée.

2°) Méthode de différence

A) Canon : quand un cas où un phénomène (a) se présente et un cas où il ne se présente pas ont toutes leurs circonstances communes (B, C, D), sauf une seule (A), celle-ci est la cause du phénomène.

Premier cas : A ^ (^ IÇ : a Deuxième cas : ^ ^ ^ :

(•) s. Mill, Système de Logique..., L. III, Ch. viii, ix. (=) Taine, De l'intelligence, W P., L. IV, Ch. ii, § I, 2.

(67) l'interprétation de l'expérience G69

Cette méthode est V inverse de la précédente ; elle en est la contreépreuve, puisqu'elle consiste à supprimer la circonstance qui est, d'après la Méthode de concordance, la cause du phénomène. C'est, selon Cl. Bernard (^), le procédé par excellence des sciences expérimentales.

B) Exemple : si j'empêche la vibration, qui, dans l'exemple précédent, était donnée comme la cause du son, et si le son est du même coup supprimé, cette expérience confirme la première :■ la vibration de l'air îst bien la cause du son {^).

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