‹ Traité de philosophieChapitre 729 sur 921 · PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIQUE

(*) Aristote, Premiers Analytiques, L. II, C. xxv, § 4: yj yip iTraytir/Y] otà TràvTCi» (') Aristote, Ibidem.

71) FONDEMENT DE l'iNDUCTION : INDUCTION FORMELLE 675

B) Critique : 1^ L'induction lormelle ne peut résoudre le problème inductif tel qu'il est posé par les sciences physiques et naturelles, car elle n'est applicable qu'à une collection fixe et déterminée^ vg. aux élèves d'une classe, aux habitants d'une ville, parce que l'énumération complète des individus est seulement possible dans des cas de ce genre : vg.

Le printemps, l'été, l'automne et l'hiver ont des charmes ;

Or le printemps, l'été, l'automne et l'hiver sont les quatre saisons ;

Donc les quatre saisons ont des charmes.

Il est manifeste qu'une telle induction n'est pas un raisonnement proprement dit : en eiïet, dans ce syllogisme, le moyen terme étant identique (^) au petit (car ces deux termes ne diiïèrent que par l'expression verbale : il y a substitution d'un mot collectif à une pluralité distributii^e ; vg. Printemps, été, automne, hiver — quatre saisons), il n'y a pas, 3omme dans le vrai syllogisme, perception d'un nouveau rapport. Il n'y a qu'une simple récapitulation :'on passe des cas individuellement énumérés à leur ensemble.

2° L'énumération complète des cas individuels est, au contraire, absolument impraticable quand il s'agit des phénomènes ou des êtres de la nature, parce que la série des phénomènes est indéfinie, et que les Bspèces ne sont pas des collections déterminées : une espèce n'est jamais réalisée tout entière à un moment donné ; un certain nombre de ses représentants a disparu ; d'autres n'existent pas encore. L'induction formelle est donc inapplicable aux sciences de la nature.

30 Aristote ne l'ignorait pas. En traitant de l'induction il n'a voulu examiner qu'un cas théorique de logique formelle : à quelles conditions le syllogisme inductif peut-il être ramené à un syllogisme déductif ? Nous avons vu (§ A) comment il avait résolu cette question. ■ — Mais A.RISTOTE, quoi qu'on en ait dit, n'a jamais songé à résoudre par l'induction formelle le problème de l'induction scientifique. Gela ressort : a) de l'exemple même qu'il a choisi. Aristote savait bien que, dans les sciences de la nature, la complète énumération est irréalisable, car il fait précéder l'énumération des animaux sans fiel de ce petit mot significatif : tel que., alov C^) ; — • h) de ce qu'il pose ailleurs i^) lui-môme le problème de l'induction scientifique comme on le pose actuellement : il consiste à trouver ce qui peut suppléer à cette complète énumération des cas et peut conséquemment légitimer le passage de quelques cas observés à la totalité des cas non observables. C'est sa solution que nous adopterons

(') C'est pour cela qu'ApjsTOTE dit que c'est un syllogisme sans moyen terme.

(^) Aristote, Ibidem.

(') Aristote, Derniers analytiques, L. II, C. xv, § 7.

676 FONDEMENT DE l'iNDUCTION REID (71)

Page 1