‹ Traité de philosophieChapitre 730 sur 921 · II. — SOLUTION DE UÉCOLE ÉCOSSAISE · texte numérisé non relu

II. — SOLUTION DE UÉCOLE ÉCOSSAISE

A) Exposé : Reid fait reposer l'induction sur le principe de la « stabilité des lois de la nature » qu'il appelle principe d'induction {the indiictive principle.) « C'est en vertu de l'empire qu'il exerce sur nous que nous donnons un assentiment immédiat à cet axiome, sur lequel est construit tout l'édifice de la science naturelle : Que les effets semblables dérivent nécessairement de la même cause {}). » Reid se réfère d'ailleurs à Newton {Regulae philosophandi dans le lll^ hivre de ses Philosophiae natiiralis principia fnathematica) qui a posé ce principe « comme un axiome ou comme une des règles de l'art de philosopher : Effectuum getieralium ejusdem generis eaedem sunt causae. 11 n'y a personne qui n'adopte ce principe aussitôt qu'il le comprend et personne non plus qui en demande la preuve ; ce qui est le caractère d'un principe primitif (^) ». D'ailleurs « cette conviction n'est point l'effet de la raison, mais le résultat d'un instinct primitif de notre nature (^) ». Ce principe « fait partie de notre constitution intellectuelle et il agit en nous lorsque la raison n'est pas encore née (*) ».

DuGALD Stewart (^) a suivi l'opinion de Reid et, en France, Royer- GoLLARD s'est efforcé d'en préciser la formule. « Le principe d'induction repose sur deux jugements. L'univers est gouverné par des lois stables ; voilà le premier. L'univers est gouverné par des lois générales ; voilà le second (*"). » En vertu du premier principe nous concluons d'un point de la durée à tous les autres ; en vertu du second, nous concluons d"un point de l'espace à tous les autres (').

(M Reid, Recherches sur l'enlenderaenl humain d'après les principes du sens commun, Ch. VI, Sect. 24, Édit. Jouffroy, T. II, p. 356.

('-) Reid, Essais sur les facultés intellectuelles de l'homme, Essai VI, Ch. v, T. V, p. 1,6- 127. Mais Reid range ce principe primitif parmi les principes contingents, car il ajoute : " Dans l'ordre de la nature, ce qui arrivera ressemblera probablement à ce qui est arrivé dans des circonstances semblables ». {Ibidem, p. 125). C'est alors un fondement bien ruineux pour l'induction.

(') Reid, Recherches..., p. 35î.

(') Reid, Essais..., p. 126.

(*) DuGALD Stew.art, Éléments de la philosophie de l'esprit liumain, P. II, Ch. iv. Sect. I, § I.

(') RoYER-CoLL.A.RD, Fragments publiés dans les Œuvres complètes de Reid, par Jouffroy, T. IV, p. 279.

(') Lachelier {Fondement de l'induction) .propose de décomposer le principe général de la stabilité des lois de la nature en deux principes : le principe des causes efficientes et le principe des causes finales. Or, comme le remarque judicieusement P. Janet : " Ces deux principes peuvent servir à expliquer comment et pourquoi nous croyons à l'existence et à la permanence des lois dans la nature, mais ils ne servent à rien pour résoudre le problème logique posé, à savoir, comment de quelques cas particuliers nous concluons à l'existence d'une certaine loi : la difficulté reste la même qu'auparavant. » {Traité élémentaire de philosophie, n. 388).

(71) FONDEMENT DE l'iNDUCïION : CL. BERNARD ET RAVAISSON G77

B) Critique : d'après cette théorie, on peut donner au raisonnement inductif la forme suivante :

Les lois de la nature sont stables et générales ; Or nous avons constaté telle loi par l'expérience ; Donc cette loi est stable et générale.

Sans nous attarder à critiquer l'origine de ce principe primitif dû à un instmct qui prévient l'exercice de la raison, il suffira de montrer que la solution écossaise ne répond pas à la difficulté pendante. En eiïet, 1 induction est faite tout entière dans la mineure du raisonnement précité ; et l'on n'apporte aucune raison pour la légitimer. S'il y a des lois, elles sont, personne ne le nie, stables et générales. Mais il est faux que expérience, qui est contingente et particulière, nous ait fait constater une loi quelconque. Toute la question est précisément de savoir pourquoi tel rapport est la preuve d'une loi. La théorie écossaise ne répond pas à cette question ; c'est pourquoi elle laisse sans solution le problème posé : De quel droit peut-on passer de quelques cas à tous les cas ?

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