‹ Traité de philosophieChapitre 732 sur 921 · IV. — SOLUTION EMPIRIQUE DE S. MILE · texte numérisé non relu

IV. — SOLUTION EMPIRIQUE DE S. MILE

A) Exposé (^) : d'après l'école associationniste le fondement de l'induction est le principe de causalité ainsi formulé : le cours de la nature est uniforme. Mais ce fondement est empirique., car le principe de causalité est le résultat de l'expérience et de l'association. Lorsque deux phénomènes se sont présentés ensemble dans notre expérience, c'est-àdire ont été contigus dans notre conscience, il se forme entre eux une association en vertu de laquelle l'apparition du premier nous suggère l'idée du second. Cette association, que l'habitude rend peu à peu indissoluble, a donc pour effet Vatlente du retour des mêmes conséquents après les mêmes antécédents : c'est l'induction spontanée. Parfois cette attente est trompée : vg. une comète a été suivie d'une guerre ; l'apparition d'une nouvelle comète n'a pas toujours une telle « séquence )>. Mais, comme un grand nombre de ces associations sont ordinairement confirmées par les événements, l'expérience nous porte à juger qu'il y a des « uniformités » dans la nature, c'est-à-dire des liaisons constantes de phénomènes, des lois. Avec les progrès de l'expérience, l'esprit constate des uniformités de plus en plus générales, qui garantissent les uniformités particuhères. Il en résulte finalement la conviction qu'il y a dans la nature une loi généraUssime : la loi de causahté universelle, à savoir : « C'est une loi qu'il y a une loi pour toutes choses C^). » Quoique dans l'induction l'esprit paraisse conclure du particuher au général, en réalité il va toujours du particulier au particulier, car c'est toujours l'expérience qui garantit l'expérience. Les uniformités particuhères sont, il est vrai, confirmées par les uniformités plus générales, et les uniformités plus générales par l'uniformité universelle de la causalité. Mais cette uniformité universelle n'est que la réunion et le résultat de toutes les uniformités antérieures, plus ou moins particulières. En définitive, le raisonnement va donc toujours du particulier au particulier ; seulement ce particuher devient de plus en plus général avec l'accroissement de l'expérience; et c'est cette générahté relative et empirique qui sert à son tour de règle au particulier.

B) Critique : 1° on pourrait d'abord rappeler les objections apportées, en Psychologie (183, § B), contre l'origine empirique du principe de causahté : vg.

a) S'il était le résultat de la seule expérience, même renforcée de l'association, il ne pourrait pas naître dans l'esprit, car les cas où 1' « uniformité » nous échappe sont bien plus nombreux que ceux où nous la découvrons. Mill avoue d'ailleurs que la nature est infiniment variée (^).

(M S. Mill, Système de Logique déduclive et indnctive, L. III, Ch. m, iv, n S. Mill, Système..., L. III, Ch. v, § 1, p. 3G8 (T. I de la trad. Peisse) {') S. Mill, Opère cit., L. III, Ch. m, § 2.

680 FONDEMENT DE l'iNDUCTION : ARISTOTE (71)

b) S'il était le fruit de l'habitude, il n'existerait pas dans l'esprit de l'enfant et la conviction qu'il produit devrait croître avec l'âge. De plus, né d'une habitude, il pourrait être détruit par une autre habitude.

2° Le résultat des inductions spontanées en ce qui regarde les lois particuhères n'est, de l'aveu de Mill, que probable. Or on ne voit pas comment il peut devenir certain en ce qui touche la loi de causalité universelle. En effet, le nombre des cas favorables à la loi de causalité, si grand qu'on le suppose, sera toujours ^ni, car il ne représente que l'expérience passée ; dès lors comment « franchir la distance infinie qui sépare la probabilité de la certitude ? (^) »

3<^ De quel droit Mill passe-t-il du présent à Vavenir ? Il nous donne l'expérience comme la source unique de nos connaissances. Or l'expérience est essentiellement contingente et particulière : elle montre ce qui arrive ici ou là, à tel moment ou à tel autre ; mais elle ne révèle pas ce qui doit être partout et toujours. De ce que nous avons contracté l'habitude de juxtaposer dans un ordre déterminé les images de nos sensations passées, il ne s'ensuit pas que nos sensations futures et les sensations des autres hommes doivent s'associer dans le même ordre. C'est donc sans raison que l'esprit passe du présent à l'avenir.

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