‹ Traité de philosophieChapitre 734 sur 921 · LE SYLLOGISME INDUCTIF · texte numérisé non relu

LE SYLLOGISME INDUCTIF

A) Exposé: on a ramené le raisonnement inductif à la forme suivante :

Tout rapport causal est constant ;

Or le rapport constaté entre A et a est causal ;

Donc tout rapport entre A et a est constant.

La majeure n'est qu'un corollaire du principe cV uniformité : Dans les mêmes circonstances les causes de même nature produisent les mêmes effets. La mineure exprime la découverte de la cause par l'interprétation de l'expérience. La conclusion formule la loi : c'est la généralisation de l'expérience.

B) Critique : 1° On prétend d'ordinaire que ce n'est là qu'une réduction apparente de l'induction à la déduction : l'induction n'est pas un syllogisme (^). En effet, dit-on, l'usage n'autorise à regarder comme syllogisme qu'un argument qui n'enferme pas plus de trois termes. Or, ici, il y en a quatre, car le petit terme, dans la conclusion {Tout rapport entre A et a), est pris dans un sens abstrait et^ général, tandis que, dans la mineure, il est pris dans un sens concret et particulier. (Le rapport constaté entre A et a est causal). Ce syllogisme irait contre la l^"^ Règle : Terminus ESTO TRIPLEX... Telle est la réponse habituelle. On pourrait, je crois, donner une autre solution, plus rationnelle.

2° Sans doute le syllogisme inductif ne se rapporte pas au syllogisme de la qualité, mais il rentre dans le syllogisme de la causalité, dont la théorie est encore à faire. On peut dire, en bref, que ce syllogisme aurait ce caractère spécial : le petit terme, tel qu'il est exprimé dans la mineure, est singulier matériellement, puisqu'il suffit de constater un seul rapport causal ; mais il est virtuellement universel, parce que, comme on l'a prouvé (71 § V), toute cause fatale est virtuellement universelle. Il représente, en puissance, tous les rapports à venir ; il équivaut donc à un terme universel. Cette explication trouve une confirmation dans cette règle logique, admise par tous, que le terme singulier est assimilé à un terme général, parce que le terme singulier ne peut être pris que dans toute son extension (18). Le syllogisme inductif est donc un véritable syllogisme, même d'après le sens usuel, car il ne contient que trois termes, puisque le petit terme a, dans la mineure et dans la conclusion, la même extension universelle. Cette solution montre aussi qu'au fond l'induction se ramène à la déduction et que, par conséquent, le seul procédé de raisonnement est, en définitive, le procédé déductif, comme l'ont soutenu Aristote, Leibniz, Cl. Bernard, de Rémusat, Ravaisson, etc. {^).

(M Rabier, Logique, Ch. ix, § 3.

(-) Gr. Sortais, Nature du Syllogisme inductif, dans Revue de Philosophie, 1909,

II, p. 39-44.

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