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I. — VALEUR DE U INDUCTION

Il y a deux sortes d'inductions : l'induction vulgaire et l'induction scientifique (Ps. 153, A). Leur valeur est toute différente :

A) Valeur de l'induction vulgaire : elle n'a aucune valeur logique, car elle n'est pas précédée de la détermination de la cause. Tantôt elle procède par simple énumération, per enumerationem simplicem (^). De quelques cas ayant une ressemblance accidentelle, elle conclut à tous les cas du même genre. L'affu'mation « Tous les cygnes sont blancs » était une induction vulgaire, qu'est venue démentir la découverte de cygnes noirs dans la Nouvelle-Zélande. C'est le sophisme du dénombrement imparfait. — Tantôt l'induction vulgaire est fondée sur des rapports de simple succession. Pour l'ignorant la cause d'un fait c'est le fait qui le précède habituellement ; parfois même il se contente d'une seule coïncidence. C'est le sophisme Post hoc, ergo propter hoc (123, Sect. II, § A). — Quand l'induction spontanée tombe juste, c'est par hasard, per accidens.

B) Valeur de l'induction scientifique. — Il faut distinguer :

I. — Le point de vue théorique : en théorie, in abstracto, les quatre méthodes sont d'une rigueur et certitude absolues. Elles reposent en effet sur la parfaite exclusion de tous les antécédents qui ne sont pas causes du phénomène étudié ; elles procèdent par exclusion et rejet dûment faits (2). Or il est manifeste que, là où un seul antécédent est donné, il est la condition déterminante du phénomène, car il ne peut pas y avoir de phénomène sans cause. Donc, au point de vue purement logique, toutes les Méthodes se valent, car, dans toutes, les exclusions sont également légitimes.

II. — Le point de vue pratique : dans l'apphcation, in concreto, elles n'aboutissent pas toujours à la certitude. La difficulté ne réside pas dans le raisonnement expérimental, qui est en soi d'une parfaite rigueur, mais dans l'analyse exacte et complète des cas qu'on lui soumet, dans Inobservation et VexpérimentcUion. La découverte de la cause se fait par l'élimination des antécédents qui ne sont pas causes. Mais, pratiquement, on n'est pas toujours certain d'avoir réalisé une éhmination rigoureuse, parce que :

a) L'expérimentateur, croyant supprime? ou introduire un seul antécédent, peut en supprimer ou en introduire plusieurs.

b) Deux phénomènes A et a, sans être hés ensemble par un rapport causal, peuvent, malgré leur simultanéité d'absence, de présence et de

(M Bacon, Novum organutn, L. I, Aph. 69, 105 ; De digniiate..., L. V, C. ii, n. 3. (') Bacon, A'ouum organum, L. II, Aph. XVI. : post rejeclionem et exclusioam debilis modis faclam.

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variation, dépendre tous deux d'un phénomène inconnu qui est leur cause commune. C'est pourquoi il est bon d'employer, quand on le peut, les différentes méthodes ; car, quand elles aboutissent à la même conclusion, le résultat atteint alors la plus haute probabihté et même, dans certains cas, la certitude : vg. qui doute actuellement que la pression atmosphérique soit la cause de l'ascension des hquides dans un corps de pompe ? Ceux mêmes, qui prétendent que l'induction reste toujours afîectée d'un doute dans l'apphcation des méthodes, reconnaissent cependant que ce doute est souvent pratiquement néghgeable.

Conclusion : une fois la cause découverte, le savant n'hésite pas à généraliser le rapport causal. C'est la preuve manifeste qu'il a confiance dans la valeur objective du principe fondamental de l'induction : Dans les mêmes circonstances, etc. C'est le point de vue métaphysique. Kant prétend que ce principe n'a qu'une valeur subjective : c'est une loi de notre pensée que nous imposons aux choses. Nous montrerons que Leibniz a donné la véritable solution : ce principe n'est pas seulement une loi de notre pensée, mais en même temps la loi des choses. Il y a une logique dans la nature et cette logique est identique à celle de l'esprit, parce qu'il y a une harmonie préétablie entre le monde et notre esprit. Ce n'est donc pas notre esprit, mais une Intelligence infinie et absolue qui fonde et garantit l'accord des lois de notre pensée et des lois du monde sensible (Cf. Métaphysique^ L. I, Ch. ii, Art. m).

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