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MÉTHODE A SUIVRE

La définition empirique, dont le but est de déterminer la compréhension des êtres, leurs éléments constitutifs, implique trois opérations principales : 1» le dénombrement complet des caractères des êtres à classer ; — 2» Téliinination des caractères accidentels ; — S^ la hiérarchisation des caractères essentiels ou constitutifs qui restent.

I. — Dénombrement complet des caractères : le savant après avoir comparé les êtres à classer, doit compter les caractères communs et les caractères différents. Il n'y a point de critérium qui permette de reconnaître si l'énumération est complète ; l'avenir peut amener la découverte de propriétés nouvelles ("^).

II. — Élimination des caractères accidentels : il ne suffit pas de compter les caractères, il faut encore les peser ; il ne faut pas seulement considérer leur nombre, mais encore et surtout leur importance. Quand l'énumération des caractères d'un groupe d'êtres est terminée, il s'agit d'éliminer les caractères accidentels, pour ne retenir que les caractères ■essentiels ou constitiitijs.

A) Indices de l'accidentel et de T essentiel. Le critérium de V accident c'est le manque de liaison et d'influence ; Vaccident c'est ce qui n'est pas nécessairement lié avec l'ensemble de l'être où il apparaît. — Le critérium du caractère essentiel c'est la liaison et l'influence : le caractère consCitutif est celui dont la présence ou l'absence entraine la présence ou l'absence au moins d'une partie notable de l'ensemble auquel il, appartient (^). J

B) Procédés d'élimination : pour exclure l'accident on peut formuler deux règles, analogues à celles qui ont servi à déterminer l'antécédent causal :

1° 3Iéthode d'accord : n'est pas lié par une loi de coexistence avec l'ensemble des caractères d'un être et par conséquent ne fait pas partie de son essence, un caractère qui peut être absent quand cet ensemble est donné.

2° 3Iéthode de différence : ne fait pas partie de l'essence d'un être un caractère qui peut être présent alors que l'ensemble des caractères de cet être est absent.

(M Davidson, Logic of dermilion.

(*) Taine, De l'intelligence, 11= P., L. IV, Ch. i, § 1.

(') On a rais en avant, comme critérium de l'accident, l'absence de généralité. C'est à tort, car il y a dans la nature des caractères très répandus et qui cependant ne sont qu'accidentels : vg. la couleur.

C^S) DÉFINITION EMPIIllQUE : MÉTHODE A SUIVRE 691

Celte exclusion des caracLères accidentels terminée, on a, comme résidu, des caractères constitutifs qui ont entre eux « des rapports fixes de coexistence ou cVincompatibUilé (i) » et forment ainsi des groupes distincts.

III. — Hiérarchisation des caractères essentiels : jusqu'ici tous les caractères constitutifs sont sur le même plan ; reste à déterminer leur ordre liiérarcliique, c'est-à-dire leurs rapports mutuels.

A) Principe de hiérarchisation : pour distinguer l'essentiel de l'accidentel, l'indice c'est Vexistence ou le manque d'influence et de liaison. Mais les caractères essentiels, qui restent après exclusion des accidentels, n'ont pas tous la même importance. Pour déterminer la valeur de leurs rapports, l'indice sera le mode spécial d'influence et de liaison. A la lumière de ce critérium, on peut distinguer entre les caractères essentiels des rapports de coordination et de subordination :

10 Caractères coordonnés, connexes, corrélatifs, c'est-à-dire de même ordre : ce sont des caractères qui sont toujours liés à d'autres caractères, de telle sorte que, les uns disparaissant, les autres disparaissent aussi : vg. la présence des canines entraîne un seul estomac ; « la forme de la dent entraîne la forme du condyle, celle de l'omoplate, celle des ongles, tout comme l'équation d'une courbe entraîne toutes ses propriétés (^) ».'

20 Caractères dominateurs et caractères subordonnés, c'est-à-dire d'ordre différent : un caractère dominateur est celui dont la présence entraîne celle de tels ou tels autres caractères parmi un certain nombre déterminé de caractères divers, indifféremment, mais exclusivement possibles. Un caractère subordonné est celui dont la présence dépend absolument de la présence d'un autre caractère : vg. les caractères du vertébré sont dominateurs par rapport à ceux du mammifère, de l'oiseau, du reptile, du batracien et du poisson, qui leur sont subordonnés. Un mammifère est nécessairement vertébré, mais un vertébré n'est pas nécessairement mammifère, car il peut être oiseau, reptile, etc. Les caractères dominateurs sont nécessaires aux caractères subordonnés ; si les premiers disparaissent, aucun des seconds n'est possible. Aucun des caractères subordonnés, pris à part, n'est nécessaire aux caractères dominateurs ; mais un des caractères subordonnés accompagne toujours les caractères dominateurs. Ainsi, dès qu'un animal est vertébré, son appareil circulatoire peut prendre indifféremment plusieurs formes (mammifère, oiseau, etc.) ; mais il ne peut prendre quel'wne d'elles. Le caractère de vertébré n'étant pas donné, aucune des formes subordonnées n'est possible.

B) Résultat : une fois qu'on a établi les rapports de coordination et

(^) CuviER, Règne animal. Introduction, T. I, p. 9, Paris, 18-29.

V-) CuviER, Discours sur les révolutions de la surface du globe. Paris, 1830", p. lOi-102.

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