III. — UNION DES DEUX EXPLICATIONS
On s'accorde à dire aujourd'hui que ces deux points de vue ne sont pas exclusifs. Il faut associer les deux principes pour expliquer les lois de coexistence. Les rapports, qui lient dans un être les caractères dominateurs aux caractères subordonnés, sont fondés, les uns sur le genre de vie de cet être, les autres sur le type de V espèce. Les premiers sont exphqués par le principe des conditions d'existence : les seconds, par le principe des connexions organiques. L'être organisé est donc la résultante de la composition de ces deux lois : la conservation de la vie individuelle est l'effet de la loi des conditions d'existence ; la conservation du type spécifique est l'effet de la loi des connexions organiques (^). C'est ainsi que les lois de coexistence, établies par la généralisation, &' empiriques qu'ellesétaient, deviennent des lois dérivées, quand on les a rattachées à ces deux principes supérieurs.
Bien plus, l'union de ces deux principes permet aussi d'expliquer les exceptions que présentent les lois de coexistence. Ainsi, on rencontre chez certains animaux des organes inutiles, à l'état rudimentaire : vg. on voit parfois chez le cheval, aux côtés du sabot, des vestiges de doigts latéraux. Leur état à^ inactivité est une défaite de la loi des conditions d'existence. Mais leur état rudimentaire est aussi un échec pour la loi des connexions organiques, car cette atrophie est une suppression partielle de ces organes, donc un écart du type primitif ("*). Leur survivance prouve
(M Geoffroy-Saint-Hilaire croyait à tort, que tous les animaux étaient construits d'après un plan unique, c'est-à-dire composés de parties en nombre égal et semblablement placées : de là. sa théorie de Vunilé de plan de composition. Mais le principe des connexions organiques reste vrai malgré la multiplicité des plans de composition.
{') M. CouRNOT {Trailé de l'enchaînement des idées fondamentales dans les sciences et dans l'histoire, T. I, p. 353) a remarqué que le point de vue finaliste de Cuvier est une conception aristotélicienne, tandis que le point de vue de Geoffroy-Saint-Hilaire est une conception platonicienne.
(') Taine, De l'intelligence, L. IV, Cli. m, § ii, Ch. m, § ii, 3.
(') On peut tirer ua argument analogue de l'apparition des organes transitoires : vg. une larve acquiert des organes transitoires nécessités par les conditions de son existence ; ces organes disparaissent avec les conditions qui les avaient exigés. Cet éloignement momentané du type prouve l'efficacité de la loi des conditions d'existence.
l'efficacité persistante de la loi de l'immutabilité du type ; leur amoindrissement indique des modifications dans les conditions d'existence. Le concours et le conflit de ces deux lois expliquent donc l'apparition de ces types indécis qu'il est si difficile de classer. L'être vivant est comme le compromis qui résulte de la composition de ces deux lois et varie avec les données et les circonstances.