‹ Traité de philosophieChapitre 75 sur 921 · I. — THÉORIE INTELLECTUALISTE · texte numérisé non relu

I. — THÉORIE INTELLECTUALISTE

Certains philosophes exphquent le plaisir et la douleur par V intelligence ; le plaisir et la douleur auraient pour cause la connaissance du bien et du mal existant dans les choses ou dans notre âme. C'est l'opinion des Stoïciens qui font naître la jouissance et la souffrance €x opinione boni et mali ; de Descartes qui définit le plaisir : « la conscience de quelque perfection » {}) ; de Wolf, disciple de Leibniz i^).

Arguments : I. — Le plaisir et la douleur sont des états de conscience et par conséquent des modes de la pensée.

Réponse : ce sont des modes de la pensée, si l'on confond, comme Descartes, la pensée avec la conscience ; mais on pourrait en dire autant de tous les phénomènes psychologiques, car tous sont accompagnés de conscience. Cela prouve que la conscience est la condition nécessa^ire de tous les faits psychologiques, et, par conséquent, du plaisir et de la douleur (car on ne peut jouir ni souffrir sans le savoir), mais elle n'est pour aucun la condition suffisante.

IL — La douleur et le mal physiques nous font connaître le bon ou mauvais état de nos organes.

Réponse : le plaisir et la douleur physiques (sensations) sont les signes d'un bon fonctionnement ou d'un désordre de l'organisme ; ils n'en sont pas la connaissance, même confuse.

IIL — Tout plaisir intellectuel et moral (tout sentiment) est nécessairement précédé de l'idée du bien ou du mal, de quelque chose qui nous perfectionne ou nous déforme. L'intelligence, principe des idées, est donc la cause de nos émotions intellectuelles et morales.

Réponse : la cause prochaine et immédiate du sentiment agréable ou désagréable, c'est Vactiç>ité intellectuelle et morale de l'âme. Les idées n'en sont que la cause éloignée et médiate ; ce sont elles qui miettent en jeu cette activité.

IV. — L'homme jouit et souffre plus que les animaux, précisément parce qu'il est plus intelligent.

Réponse : le plaisir et la douleur sont des phénomènes qui sont conditionnés par le système nerveux et par la conscience. Or le système nerveux et la conscience sont plus parfaits chez l'homme que chez

(') Toia nostra roluptas posita est tantum in perfeclionis alicujiLS nostrse conscientia. « Tout notre contentement ne consiste qu'au témoignage intérieur que nous avons d'avoir quelque perfection. < {Œuvres philosophiques de Descartes, édit. A. Gahnier. Lettre IV à Madame Elisabeth, princesse palatine. T. III, p. 188). Descartes est plus explicite dans les Passions de l'Ame (II, 93) : « ... la joie vient de Vopinion qu'on a de posséder quelque bien, et la tristesse de l'opinion qu'on a d'avoir quelque mal ou quelque défaut y>.

(') Leibniz lui-même écrit dans les Xouveaux essais sur l'entendement humain (L. II, ch. XXI, § 41) : «... je crois que dans le fond le plaisir est un sentiment de perfection, et la douleur un sentiment d'imperfection... >

'animal ; voilà pourquoi l'homme jouit et souffre davantage. Mais ce >ont des conditions et non la cause de la jouissance et de la souffrance. L'intelligence humaine, pouvant se souç.enir et prévoir^ augmente la sensibilité en l'étendant au passé et à V avenir ; la sensibilité de l'animal ^st au contraire bornée au moment présent^ parce qu'il n'est pas capable le réflexion {^).

Conclusion : on peut soutenir la définition du plaisir donnée par Descartes, la « conscience de quelque perfection », si on l'entend ainsi : la conscience est la condition du plaisir ou de la douleur ; la perfection 3n est la cause, en tant qu'elle se rapporte à notre activité. On ramène linsi la première théorie à la seconde.

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