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FORMES DE L'ANALOGIE

L'analogie, comme procédé de Vesprii, peut être spontanée ou réfléchie.

A. ■ — Analogie spontanée : c'est d'ordinaire spontanément que l'esprit passe, par analogie, d'un cas à un autre cas. Alors l'esprit va du particulier au particulier, mais ce n'est pas un raisonnement, comme le soutient S. Mill (Ps. 153, § C), c'est une simple association d'idées. Voici, vg. un fait A qui présente trois caractères -.abc. L'idée totale de A, se composera donc de trois idées partielles abc, lesquelles sont associées entre elles. Un nouveau fait B s'offre à moi avec deux des caractères précités a h. La notion complexe de B comprend par conséquent les deux idées partielles a b. Mais les idées a et b sont déjà associées avec l'idée c. Donc, quand l'expérience ramènera dans mon esprit les idées a et b, elles lui suggéreront, en vertu de l'association contractée, l'idée c. Par là même je serai conduit à admettre que cette troisième idée c fait aussi partie de l'idée totale de B, que partant ce nouveau caractère appartient au fait B comme au fait A. Mais il n'y a là qu'un semblant de raisonnement, parce qu'il n'y a pas aperception de rapports. C'est une « simple consécution », opération dont les animaux mêmes sont capables (153, A, § I, D).

B. — Analogie réfléchie : quand c'est en vertu d'un raisonneiyient que nous passons d'un cas à l'autre par suite d'une ressemblance observée. Soient les deux objets A et B ; on constate dans le premier la présence des caractères a b c\%\ l'on vient à constater aussi dans B la présence des mêmes caractères a b, l'analogie consistera à inférer dans B la présence du caractère c. De la ressemblance observée entre les deux objets A, B, sous le rapport des caractères a b (faits particuhers), j'infère qu'une

(M G. LoNGHAYE, Théorie des Belles-Lettres, L. III, Ch. v, § 2 ; L. II, Ch. iv, § 2.

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ressemblance existe aussi entre les deux objets sous le rapport du caractère c (fait particulier ).

Exemple : la terre est une planète, elle a"-uno atmosphère, il y a en elle des alternatives de jour et de nuit, des variations de saison ; elle a des habitants. Mars est aussi une planète ; on y remarque la présence d'une atmosphère, des alternatives de jour et de nuit, des variations de saison ; on en conclut que cette planète est aussi iiabitée. Il semble donc que l'analogie va du particulier au particulier et que S. Mill a raison d'en faire une espèce de raisonnement distincte de V induction qui va du particulier au général ; et de la déduction qui va du général au particulier. Mais ce n'est là qu'une apparence.

Nature : en réaUté l'analogie est une déduction fondée sur une induction préalable ; elle va donc du particuher au particulier, mais en passant par le général. C'est un raisonnement complexe :

!« Induction : dans le cas A, on a constaté un rapport causal entre a /; et c ; on en conclura par induction que si a et è ont produit c dans le cas A, ils le produiront toujours dans les mêmes circonstances, parce qu'une même cause produit toujours les mêmes effets.

2o Déduction : on conclura par déduction que si a et b doivent toujours produire c, ils le produiront aussi dans le cas B ; c'est ainsi qu'on attribue aussi à B le caractère c trouvé dans A.

[ g ^ Les caractères a b c de A sont unis par un rapport causal ;

.2 \ = ^ Donc les caractères abc sont liés entre eux par une loi.

g \ a \ Les caractères a b c sont liés par une loi, c'est-à-dire sont

■«55 \% \ ^^é^ entre eux nécessairement et universellement ;

f ^ / Donc a ei b étant donnés dans B, c doit s'y rencontr'^r aii'^'^i.

Il est manifeste que le raisonnement analogique implique, outre l'allégation du cas, vg. A, oix l'on a constaté la présence des caractères a b c, la preuve ou du moins la supposition que ces caractères sont liés par une loi ; or c'est l'affirmation de cette loi, c'est-à-dire d'une haison nécessaire et universelle^ qui devient la majeure de la déduction analogique. C'est donc bien à tort que S. Mill prétend qu'il y a une troisième sorte de raisonnements, l'analogie, qui irait du particulier au particuher. L'analogie semble aller du particuher au particuher ; en réahté elle va du particulier (P) au particuher (P), mais en passant par le général (G), puisqu'elle est une déduction appuyée sur une induction préalable :

708 VALEUR DE l' ANALOGIE (86)

Variétés du raisouueiiient analogique : il y en a trois principales. On peut conclure de la :

1° Ressemblance des moyens à celle des fins : vg. c'est ainsi que Geoffroy-Saint-Hilaire a mis en relief l'analogie qui existe entre le bras de l'homme, la jambe du quadrupède, Vaile de l'oiseau et la nageoire du poisson. U A?iatomie comparée, dont Cuvier a été le fondateur, repose sur des rapprochements de cette sorte.

2o Ressemblance des effets à celle des causes : vg. Cl. Bernard, remarquant que l'urine de lapins privés de nourriture était claire et acide comme l'urine des carnivores, au heu d'être, comme celle des herbivores, trouble et alcahne, en conclut que tout herbivore à jeun devient Carnivore et se nourrit de sa propre substance.

î 3° Ressemblance de nature à celle des lois ou des qualités : vg. les euphorbes connues sont vénéneuses ; on en conclut que telle espèce nouvelle le sera aussi.

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