ANALOGIE, INDUCTION ET DÉDUCTION
On peut dégager de ce qui précède les rapports de l'analogie avec l'induction et la déduction. L'analogie diffère de l'induction et de la déduction par :
L — Le principe qui lui sert de base : l'analogie va du différent au différent, puisqu'elle apphque une loi, soit supposée, soit démontrée, à des cas nouveaux qui se distinguent des premiers sur certains points. On peut formuler son principe ainsi : « Des raisons analogues, en tant que semblables, entraînent des conséquences semblables ; en tant que différentes, des conséquences différentes. » Or ce principe autorise deux conclusions opposées. — L'induction et la déduction vont du même au même. La première a pour principe fondamental : c; Dans les mêmes circonstances les mêmes causes produisent les mêmes effets. » La seconde : « Deux termes identiques à un même troisième terme sont identiques
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entre eux. » L'induction et la déduction reposent donc en dernière analyse sur le môme principe, qui n'autorise qu'une conclusion : « Des raisons identiques entraînent des conséquences identiques. »
II. — Sa marche : l'induction va du particulier au général et la déduction du général au particulier. — L'analogie étant, prise dans son ensemble, une induction suivie d'une déduction, va du parlicuUer au particulier on passant par le général (85, B).
III. — Sa valeur : l'induction est théoriquement certaine^ parce que d'abord elle va du même au même, en vertu de son principe et ensuite parce que ses méthodes, reposant sur la parfaite exclusion de tout antécédent qui n'est pas cause et de tout caractère qui n'est pas essentiel, sont, idéalement du moins, absolument rigoureuses (73). — La déduction est théoriquement et pratiquetnent certaine, d'abord parce qu'elle va du même au même comme l'induction et ensuite parce que les règles du syllogisme sont rigoureuses. — L'analogie, au contraire, est toujours théoriquement et pratiquement hypothétique (86, A) ; elle ne peut donner la certitude qu'en perdant sa propre nature, en devenant une induction ou une déduction proprement dite (86, C). Elle est nécessairement incertaine, parce qu'elle affirme le même de ce qui est simplement analogue, c'est-à-dire à la fois semblable et différent. Comme l'identité fait la force et la certitude de Tinduction et de la déduction, ainsi la différence, qui se mêle à la ressemblance, fait la faiblesse et l'incertitude plus ou moins grande de l'analogie. L'analogie n'est donc en définitive qu'un cas du calcul des probabilités (^), car, en vertu même de son principe, elle comporte deux conclusions possibles.