‹ Traité de philosophieChapitre 770 sur 921 · OBSERVATION SUBJECTIVE · texte numérisé non relu

OBSERVATION SUBJECTIVE

différant essentiellement des faits qu'étudient les autres sciences d'observation (vg. sciences physiques et naturelles), la psychologie doit nécessairement avoir des ryioyens spéciaux pour les étudier, sa Méthode a PART, sauf à la compléter et à la contrôler, si besoin est, par des procédés qui lui soient communs avec d'autres sciences. La psychologie dispose donc d'une méthode propre : la réflexion, distincte à la fois de la méthode déductive qu'on emploie dans les sciences abstraites, et de la méthode inductwe telle qu'on la pratique dans les sciences concrètes. On a soulevé contre cette méthode plusieurs objections :

Objeclion I^^. — D'après A. Comte la connaissance par la réflexion est un possible, car elle est en dehors des conditions générales de la connaissance. Celle-ci, en effet, repose sur la dualité du sujet connaissant et de Vobjet connu ; elle suppose deux termes de nature différente. Mais, dans la réflexion, cette dualité est impossible : le fnême esprit ne peut être à la fois sujet observant et objet observé, il ne peut pas plus se diviser en deux qu un acteur ne peut descendre au parterre pour se regarder jouer. — Locke avait dit avant Comte : « L'entendement est semblable à l'œil qui voit les objets environnants sans pouvoir lui-même se voir, » Il ne peut pas en même temps penser et se regarder penser : cVst comme si l'on se mettait à la fenêtre pour se voir passer dans la rue.

Réponse : a) Il est faux que la connaissance exige la distinction absolue du sujet et de l'objet ; si, en effet, la chose est complètement en dehors de l'esprit, comment l'esprit peut-il la saisir ? Un objet ne peut être connu par la pensée que s'il est devenu modificatiou de l'esprit pensant. — Il suffit que l'esprit puisse étabhr une distinction mentale entre le sujet connaissant et Vobjet connu : c'est la seule dualité nécessaire.

b) L'objection ne supprimerait pas seulement la psychologie, mais toutes les autres sciences ; celles-ci n'atteignent pas les choses elles-mêmes ; elles ne saisissent immédiatement que les ejjets des choses sur nous, c'està-dire des états de conscience, vg. des sensations sonores.

c) De plus, la comparaison tirée de Vœil ne prouve rien, parce que l'on rapproche des choses absolument différentes, Vâme et le corps. Vœil, composé de parties matérielles, qui occupent chacune un point dans Vespace et s'excluent réciproquement du point occupé, ne peut évidemment se repher sur lui-même. Mais l'àme, par le fait même qu'elle est simple, est tout entière présente ci elle-même et peut, par suite, se considérer sans se diviser.

Objection 11^. — L'homme répugne à se replier sur lui-même ; les événements extérieurs exercent sur lui une fascination qui l'attire au dehors et l'empêche de réfléchir. « Les hommes sont errants et fugitifs hors d'eux-mêmes. » (Fénelon.) — D'ailleurs la multiplicité, la complexité et la mobilité des phénomènes psychologiques les rendent insaisissables. Il devient impossible de les démêler.

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